Systèmes de protection active français — Deuxième partie

Note de l’auteur : cet article est la suite d’une réécriture/révision de l’article anciennement titré « KBCM »

Le premier article tournait beaucoup au tour du KBCM, un APS dit Soft-Kill, ce deuxième article va aborder, entre autres, les APS dits Hard-Kill.

GALIX

Vous aurez croisé ce nom à plusieurs reprises dans le premier article. Le GALIX est un système de grenade conçu par l’entreprise Lacroix et GIAT, et actuellement commercialisé par Lacroix Defense. Sa première mise en application fut sur le Leclerc et les premiers exemplaires du système auraient été livrés à l’Armée de terre en 1992. Depuis, il a été intégré sur de nombreux véhicules français (Leclerc, Jaguar, Griffon, Serval…) et étrangers (C1 Ariete, B1 Centauro, CV 90, Piranha 5…).

GALIX est un système modulaire utilisant des grenades de 80 mm et qui peuvent être facilement installées sur pratiquement n’importe quel véhicule. Sur le Leclerc il est directement intégré dans le blindage de tourelle (dans le « carénage »), mais il peut être intégré en superstructure ou sur des lanceurs orientables. Il est généralement intégré de manière à pouvoir être tiré dans plusieurs directions et selon le type de munition embarqué.

Les lanceurs peuvent être activés manuellement, de manière semi-automatique ou entièrement automatique en fonction de la configuration des systèmes de détection de menace tels que le KBCM dont il est un composant essentiel.

Les tubes de lancement peuvent accueillir une gamme étendue de munitions, ce qui permet d’adapter la défense aux exigences opérationnelles spécifiques. Quatre de munitions sont actuellement connus. La grenade GALIX 3 est fumigène permettant de masquer le véhicule dans le domaine visible. Le GALIX 13 est fumigène permettant de masquer le véhicule dans le domaine visible et infrarouge (oxydes et métaux). Le GALIX 6 est un leurre infrarouge antimissile. Le GALIX 4 est une grenade antipersonnel visant à éliminer l’infanterie autour du char.

Les GALIX 3 et 13 sont tirés vers l’avant afin de couvrir largement l’arc frontal du char. L’écran de fumé généré par les GALIX 3 dure 50 secondes alors que ce lui généré par les GALIX 13 dures 30 secondes. Le GALIX 6 est, dans le cas du Leclerc, tiré verticalement au-dessus du char, émet un fort rayonnement infrarouge, bien supérieur à celui du char, pendant 10 secondes. Le lanceur du missile SACLOS va alors confondre ce rayonnement IR avec celui du traceur du missile et le faire changer de cible. Le GALIX 4 est une grenade à fragmentation composée de deux sphères métallique dont l’explosion projette des éclats dans un rayon de 12 mètres. Le GALIX 3 est généralement utilisé à l’entrainement alors que GALIX 13, plus onéreux, est utilisé en opération. Tous les GALIX ont un diamètre de 80 mm, en revanche leur longueur varie selon le type de munitions. Ainsi les GALIX 3 et 13 mesurent 400 mm de long alors que les GALIX 4 et 6 mesurent 265 mm de long.

Les lanceurs orientables envisagés sur certaines études du char Leclerc comptaient douze (!) tubes. Selon des études présentées par Marc Chasillan dans son livre « Char Leclerc », deux configurations ont été envisagées : un seul lanceur sur le toit de la tourelle ou deux lanceurs sur l’avant de la tourelle (à gauche et à droite), combiné au KBCM dans les deux cas. Ces études montrent ces lanceurs orientables en complément des quatorze GALIX intégré dans le blindage de la tourelle. Ainsi, selon la configuration, le Leclerc aurait pu emporter 38 GALIX !

Lanceurs orientables envisagés sur certaines études du Leclerc.

Pour découvrir quelques idées de GALIX uchroniques, c’est par ici.

L’APS Hard-kill de KBM-Thomson

Selon Marc Chasillan dans « Char Leclerc », en 1995, Thomson CSF (devenu Thales) a entamé une coopération avec KB Mashinostroyeniya (KBM) qui produit l’APS hard-kill ARENA russe. Le but était, semble-t-il, d’adapter l’ARENA ou d’en produire un équivalent français afin de l’intégrer au Leclerc.

Le système utilise un radar Doppler qui détecte les roquettes ou missiles antichars en approche puis éjecte une caissette explosive vers le haut. Cette dernière explose en direction du sol en projetant une gerbe d’éclat qui détruise le projectile juste avant l’impact.

Le livre de Marc Chasillan montre deux configurations. La première, « à la Russe », incruste directement 30 éjecteurs et caissettes dans le carénage de la tourelle de manière à offrir une protection à 360°. La seconde voit l’implantation de deux lanceurs orientables sur le côté gauche et le côté droit du toit de la tourelle. Les lanceurs comptent six tubes chacun. Trois sont tournés vers les flancs pour interception des tirs directs comme le fera l’ARENA russe. Trois pointent à la verticale afin d’intercepter les ATGM à trajectoire plongeante telle que le JAVLIN. Vu la forme des éjecteurs des lanceurs orientables visible sur les dessins, je dresse deux hypothèses quant aux munitions. Soit une évolution des munitions de l’ARENA, passant d’une caissette à une munition tubulaire. Soit des munitions semblables aux RAMPE du SPATEM (voir plus loin). Dans les deux configurations, le radar doppler, de forme tubulaire est implanté en superstructure au milieu du toit de la tourelle.

Comme le souligne Marc Chasillan, le manque d’intérêt de l’armée de terre pour les APS hard-kill à enterrer le projet de coopération. Ce n’est peut-être pas plus mal, car si l’ARENA de KBM était aussi performant qu’espéré il sera certainement bien plus utilisé. L’intégration proposée par General Dynamics Land Systems (GDLS) sur les chars M60 turcs et sur les M1A2, ne sait jamais faite. Pas plus que l’intégration sur le K2 Black Panther sud-coréen. De la même manière, nous n’avons plus entendu parler de la proposition d’exportation et intégration sur les T-72 indiens. Enfin, là où la guerre Israël-Hamas entamée en 2023 nous à permet de voir des dizaines de vidéos montrant des interceptions de roquettes et ATGM à très courte porté par le système Trophy, l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne nous a pas offert le même genre de vidéo à la gloire de l’ARENA. Il semble que, comme beaucoup d’équipements russes novateurs (ou supposés tel), il n’équipe peu ou pas d’unités russes. Plusieurs raisons possibles à cela : système non industrialisé par manque de commande à l’export, système non industrialisé, car trop complexe/couteux, système non industrialisé, car peu performant en dehors des vidéos des démonstrations promotionnelles.

D’un point de vue « What if? » et uchronie, on notera les modestes capacités des Soviétiques puis russes dans le domaine des capteurs et de l’électronique. Un domaine dans lequel, au contraire, la France excelle : Thales, SAFRAN… On peut donc imaginer un système uchroniquement semblable utilisant capteurs et calculateurs français pour plus de performance et fiabilité et éventuellement des munitions semblables aux RAMPE du SPATEM.

SPATEM

Le SPATEM fait partie des études d’APS hard-kill français qui trainent depuis deux ou trois décennies sans avoir abouti à une production industrielle. Le projet a été étudié par GIAT, Thales et l’Institut de Saint Louis.

Il s’agit d’un lanceur bitube orientable associé à un radar millimétrique. Chaque tube contient une munition RAMPE qui consiste en un cylindre d’acier préfragmenté bourré d’explosif. Lorsque le radar millimétrique détecte un missile ou une roquette en approche (jusqu’à 50 mètres), le lanceur est automatiquement orienté vers le projectile et éjecte une munition. Cette dernière explose en un « mur » de fragments d’acier qui détruisent le projectile juste avant qu’il n’atteigne sa cible.

Dans son livre « Char Leclerc », Marc Chasillan présente une étude appelée « Leclerc 2010 » avec quatre dispositifs SPATEM (antennes et lanceurs) intégrés sur les quatre angles de la tourelle du char afin de couvrir l’engin à 360°.

Un tel système, demandant des temps de réaction extrêmement courts, est évidemment entièrement automatisé.

Le système est assez comparable à l’Iron Fist israélien d’Israel Military Industries (IMI). L’Italie a étudié un système semblable sous le nom SCUDO. Il semblerait aussi que le Japon travaille à un système du même type.

L’inconvénient d’une munition tel que le RAMPE est qu’elle peut infliger des dégâts collatéraux aux troupes alliées ou aux civils qui se trouvent dans l’environnement du char. La munition aurait donc surement évolué vers un concept semblable celle de l’Iron Fist, une munition combustible utilisant l’effet de blast pour détruire la menace.

Si le SPATEM était entré en production, il aurait probablement été couplé à détection passive infrarouge du KBCM.

Envie d’un croisement fictif entre un SPATEM et l »APS Hard-kill de KBM-TSF ? Voici le SPAHarK.

DOP-BOP

Il s’agit d’un système en mature aperçu sur des dessins et maquettes que l’on associe aux versions d’export du Leclerc (« Turkey National Main Battle Tank » ou même pour Taiwan) ou d’itération de la version « AZUR » du Leclerc. En réalité, comme le montre le livre « Char Leclerc » de Marc Chasillan, cela vient de l’étude « Leclerc 2010 » qui fut ensuite déclinée en propositions l’IDEF 2005 et pour le projet « Turkey National Main Battle Tank » (aussi parfois appelé Turkey Tank 2000) qui donnera finalement naissance au char Altay.

Le DOP-BOP (Détecteurs Optiques Pointés – Brouilleurs Optiques Pointés) est logé dans le viseur chef de char adoptant une nouvelle silhouette conique plus furtive et à l’allure futuriste. Le système se compose d’un laser dont le balayage permet de repérer par rétroréflexion les dispositifs de visée ennemis (la partie DOP) et de l’aveugler avec un faisceau pour le neutraliser (la partie BOP). Mes déductions basées sur les dessins et maquettes, associé à ce que d’autres systèmes font, me font supposer que le dispositif rectangulaire en bas du tourelleau est le DOP et le dispositif circulaire est le BOP.

Un tel système est très probablement largement automatisé avec un mode manuel éventuel en fonction secondaire. Par défaut un tel système est surtout pointé sur l’arc frontal du char, mais on peut imaginer une fonction automatisée faisant un balayage rotatif d’un flanc à l’autre.

Un système semblable, le JD-3, a été connu par la Chine et monté sur le char 9910 (Type 98, prototype du Type 99).

La « coupole polyvalente »

Dans les mêmes études ou l’on découvre le DOP-BOP, les dessins et maquettes (« Leclerc 2010 » et « Turkey National Main Battle Tank ») on trouve un mat qui semble tout droit sorti d’une œuvre de science-fiction et fait penser au Dalek de Doctor Who.

Peu d’information sont disponible et ce bout article est avant tout fait de déductions et suppositions. Il s’agit visiblement d’un tourelleau APS Soft-Kill combinant un lanceur GALIX orientable, un brouilleur à éclat « EIREL NG » et une optique.

Il en existe plusieurs visuels différents. Ainsi, le « Dalek » a des formes futuristes visant assurer une certaine furtivité aux éléments en superstructure de la même manière que le viseur chef de char pyramidal intégrant le DOP-BOP. D’autres visuels, associés au projet « Turkey National Main Battle Tank », donnent à voir une version plus brute, sans carénage aux formes furtives.


Sources : RAIDS, Army Guide, Defense Update, Char Leclerc (Marc Chasillan), KNDS, European Defense Review

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