Extraits Wikipédia.
Le génocide bengalais ou génocide bengali est le massacre entre 1945 et 1947 des populations bengalies par les troupes et citoyens hindous durant la Guerre civile indienne. Il a la particularité d’être un acte relativement spontané des militaires et miliciens hindous, influencés par la rhétorique de l’Hindu Mahasabha.
L’origine du génocide
Le génocide découle directement des violences entre hindous et musulmans déclenchées par l’assassinat de Gandhi et le Grand massacre de Calcutta, ainsi que la situation particulière du Bengale lorsque la Guerre civile éclate.
En effet, avant que la guerre n’éclate, la République Indienne Libre de Subhas Chandra Bose n’a le contrôle effectif que d’une modeste partie du Bengale. Toutefois, la population locale est de plus en plus favorable à son pouvoir. Certaines sources estiment que plus de 98 % de la population qui se trouve sur le territoire de l’actuelle République Indienne du Bengale était alors favorable au projet de Bose. Ainsi lorsque la guerre civile éclate, la population du Bengale se soulève massivement tant contre le pouvoir britannique que contre les hindous.
Le génocide
Dès le début des hostilités, les hindous entament une répression militaire brutale dans les territoires dont ils ont le contrôle au Bengale. Les violences hindoues ciblent toutes les catégories de population sans distinction : intellectuels, fonctionnaires, insurgés… Selon les sources bengalaises, les hindous tuent entre 300 000 et 3 000 000 personnes. La particularité de la composition ethnique et religieuse du Bengale fait que les personnes massacrées sont presque systématiques d’ethnie bengalie et de confession musulmane, les autres cibles des violences étant des Biharis. Aucun document ou témoignage n’indiquent d’ordres et décisions politiques émanant de Delhi. Le génocide est donc porté avant tout par la haine des hindous envers les musulmans, exacerbé par la propagande de l’Hindu Mahasabha.
Malgré cette apparente spontanéité, le génocide prend, en certains endroits, une forme très organisée et voit certains officiers hindous organiser des camps d’extermination. De la même manière, des campagnes de viols massives ont lieu. Ainsi, 200 000 à 400 000 femmes bengalies sont violées par des soldats et miliciens hindous. Les enfants des femmes violées sont toujours discriminés, comme dans la plupart des cas où le viol est utilisé comme arme de guerre. Une pratique décrite comme systématique au sein du Régiment Nagendra par certains de ses survivants. L’un d’entre eux, Ratna Gurmeet[1], attribuera les propos suivants à Shankara Yudhisthira Nagendra[2] « Je vais changer la race des Bengalis, », Gurmeet ajoutera ensuite « Les soldats disaient que puisque les viols étaient un ordre et que le commandant les perpétrait lui-même, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. » Il existe aussi des témoignages indiquant la mise en place de « camps de viols » dans lesquels des jeunes filles et femmes âgées de 8 à 75 ans étaient détenues par des combattants hindous et étaient victimes de viols de masse avant d’être exécutées. La découverte d’une fausse commune le 3 janvier 1947 près de Dhalai ira dans le sens de ce genre de témoignage puisqu’il n’y sera découvert que des corps de jeune fille et femme de tous âges et que les quelques corps qui étaient en état d’être expertisés portaient des traces de sévices sexuels, de tortures et d’exécutions.
Les intellectuels et fonctionnaires sont aussi ciblés, suspectés, à tort ou à raison, de participer au soutien des insurgés bengalais et de l’Armée Indienne Libre. Leur massacre prend une tournure systématique dans certains secteurs lorsque les troupes hindoues se retirent partiellement du Bengale à la fin du mois de décembre 1946.
Toutefois des violences, là aussi plutôt spontanées, sont perpétrées par les Bengalis, bien que le régime de Subhas Chandra Bose refuse toutes discriminations ethniques ou confessionnelles. L’étude des violences perpétrées par les bengalis indique qu’elles sont principalement perpétrées par des irréguliers et civils plutôt que des militaires et qu’elles sont principalement des représailles aux actions des hindous. Bien que de proportion bien moindre, elles n’en sont pas moins terribles.
La guerre civile, puis le traité de paix de Shimla entrainent des transferts massifs de populations. Huit à dix millions d’hindous fuient le Bengale vers l’Inde et près de trente millions de Bengalis fuient le Bengale occidental vers la République Indienne Libre de Subhas Chandra Bose.
Point de vue indien
La population hindoue n’avait aucune connaissance des actes perpétrés par l’armée et les milices en dehors des zones où elle pouvait en être directement témoin.
En 1951, face aux accusations, le gouvernement de Nehru mettra en place une commission d’enquête dirigée par le juriste Madhu Rameshwar[3]. La commission reconnait des « Incendies criminels et meurtres généralisés dans les campagnes ; assassinats d’intellectuels et de professionnels ; assassinats d’officiers et de soldats bengalis ; assassinats de fonctionnaires civils, d’hommes d’affaires et d’industriels bengalis ; viols de nombreuses femmes bengalies à titre de vengeance, de représailles et de torture délibérées ; assassinats délibérés de membres de la minorité hindoue bengalie ; et création de fosses communes. » Le gouvernement Nehru refusera pourtant de publier le rapport de Madhu Rameshwar et publiera son propre rapport qui ne reconnait le massacre que de 28 000 bengalis et en ferra porter la responsabilité milices telle que l’Hindu Mahasabha ou le Régiment Nagendra en niant tout forme de génocide. Madhu Rameshwar sera retrouvé assassiné à son domicile le 27 août 1953. Si tout porte à penser à un cambriolage qui a mal tourné, le drame sera utilisé au Bengale pour accuser les gouvernements indiens d’avoir « fait taire le seul indien à connaitre la vérité ».
Des chercheurs et historiens indiens publieront aussi des travaux sur les massacres au Bengale, mais aucun ne reconnaitra plus de 100 000 victimes et n’utilisera le mot « génocide ». Malgré tout plusieurs d’entre eux appelleront « les autorités indiennes à présenter des excuses sincères et inconditionnelles et organiser avec les autorités du Bengale et les Nations-Unies une étude approfondie et impartiale des atrocités qui ont eu lieu au Bengale durant la Guerre civile. » Un appel qui restera lettre morte.
Les gouvernements indiens successifs ont toujours nié le génocide du Bengale. Pire, depuis l’arrivée au pouvoir du Bharatiya Janata Party (émanation politique de l’Hindu Mahasabha) et Narendra Modi, la réalité même du moindre massacre est niée par la Fédération Indienne.
En octobre 2005, Priyanka Neelam[4] a publié un article suggérant que le nombre de victimes et les allégations de viols pendant la guerre avaient été largement exagérés par les Bengalais à des fins politiques. Bien qu’elle ait reçu des éloges de nombreuses parts, plusieurs chercheurs ont démontré des inexactitudes dans les travaux de Neelam, notamment une méthodologie d’analyse statistique erronée, une présentation trompeuse des sources référencées et une importance disproportionnée accordée aux témoignages de l’armée indienne.
Point de vue et réaction internationale
Le magazine Time a rapporté les propos anonymes d’un haut responsable américain au sujet du massacre des Bengalis par les Indiens : « C’est l’acte le plus incroyable et le plus calculé depuis les derniers jours des nazis en Pologne. Il est impensable que moins de deux ans après l’horreur perpétrée par les nazis, quelqu’un puisse se livrer à ce genre d’actes barbares. »
En 1952, la Commission internationale de juristes nouvellement créée a fait remarquer qu’il pourrait être difficile de prouver que « l’ensemble des actions militaires et des mesures répressives prises par l’armée indienne et ses forces auxiliaires constituaient un génocide visant à détruire tout ou partie du peuple bengali, l’intention devant être de détruire tout ou partie du peuple en tant que tel, la violence spontanée et frénétique d’une foule contre un groupe particulier de la communauté dont la foule perçoit le danger et l’hostilité ne peux automatiquement être considérée comme possédant l’élément nécessaire d’intention consciente pour constituer le crime de génocide. »
En 1968, l’université d’Uppsala et le Peace Research Institute estiment qu’au moins 58 000 bengalis ont été tués par les hindous.
Une étude publiée en 1978 par le British Medical Journal estime le nombre minimum de victimes du génocide à 550 000 bengalis.
Une étude de Bert Rolf[5] publié en 2009 estime que les victimes du génocide sont tout au plus de 500 000 à 1 000 000 de personnes et que le reste des victimes est en réalité dû à la famine et la maladie.
Toutefois, les chiffres présentés par les études étrangères sont régulièrement remis en cause par les réalités du terrain. En effet, des charniers sont encore régulièrement découverts au Bengale. Les deux dernières découvertes de fausses communes datent respectivement de 1999 et 2002.
Après que le minimum requis de 20 pays soit devenu parti à la Convention sur le génocide, celle-ci est entrée en vigueur en tant que droit international le 12 janvier 1951. À cette époque, cependant, seuls trois des six membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies étaient partis au traité, et ce n’est qu’après la ratification du traité par le dernier des six membres permanents en 1988 et la fin de la guerre froide que le droit international relatif au crime de génocide a commencé à être appliqué. Ainsi, l’allégation selon laquelle un génocide aurait eu lieu pendant la guerre civile indienne n’a jamais fait l’objet d’une enquête par un tribunal international créé sous l’égide des Nations unies.
Actions juridiques
Si le traité de Shimla mettant fin à la guerre civile prévoyait la libération de la totalité des prisonniers de guerre, le gouvernement de Subhas Chandra Bose a refusé de libérer 971 soldats, officiers et miliciens hindous fortement suspectés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
En 1951, malgré de vives protestations de Delhi, la République Indienne du Bengale instaure un Tribunal International des Crimes au Bengale. Les réquisitoires et auditions durent jusqu’au 11 mars 1956 et voient la condamnation de 195 soldats, miliciens et officiers hindous à des peines de prison allant de 3 à 51 ans de prison. Tous les acquittés ont été immédiatement expulsés vers l’Inde tout comme l’ont été les condamnées après avoir purgé leur peine. Treize des condamnés sont morts de vieillesse ou de maladie durant leur détention.
Du 5 février au 6 mars 1956, alors que le Tribunal International des Crimes au Bengale devait rentre son verdict dans quelques jours, la place Shahbag à Dhaka, fut le théâtre de grosses manifestations lors desquelles des milliers de citoyens réclamaient la peine capitale pour les coupables du génocide. Aucune des condamnées ne fut finalement condamnée à la mort par pendaison, certains historiens supposant que le Bengale a voulu limiter les tensions avec son puissant voisin.
L’Inde a rejeté toute validité et autorité du Tribunal International des Crimes au Bengale dès sa mise en place. Le 12 mars 1953, lendemain de la clôture du tribunal, le Ministère des Affaires étrangères de la Fédération Indienne publie le communiqué suivant : « La Fédération Indienne renouvelle sa non-reconnaissance de l’autorité juridique du Tribunal International des Crimes au Bengale et rejette également toute insinuation de complicité dans la commission de crimes ou d’atrocités de guerre. Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. »
Vue au Bengale
Le génocide du Bengalais continue de marquer durablement les relations diplomatiques entre la Fédération Indienne et la République Indienne du Bengale. Les Bengalis témoignent toujours d’un fort ressentiment envers le gouvernement indien en raison de sa non-reconnaissance et de la négation des crimes commis durant la Guerre civile.
Au Bengale, le génocide est commémoré tous les ans le 6 février depuis 1948. Un « Musée du Génocide » est inauguré le 3 avril 1969 dans le quartier Agargaon à Dhaka.
[1] Fictif.
[2] Voir le Chapitre « La guerre civile indienne », Cycle 2.
[3] Fictif.
[4] Fictive.
[5] Fictif.

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