La guerre civile indienne : Les points chauds de l’hiver 1946-1947

Extraits de « La guerre des Asuras : origines et conséquences de la guerre civile indienne » — Robin Mikael Stanson — Locus Publishing.

En plus des difficultés citées plus haut, le conflit à la particularité d’être initialement peu structuré. Il ne commence pas avec des armées qui s’affrontent, mais avec un mélange protéiforme des groupes de civiles en armes, de milices organisés et d’unités régulièrement de l’Armée britannique des Indes aux allégeances diverses.

Le conflit prend un aspect plus structuré militairement en fin d’année 1946, alors que les différents camps commencent à structurer leurs forces. Il reste malgré tout peu documenté et reste difficile à suivre en termes de repères spatiaux et temporels. Non seulement, chaque camp revendique des victoires qui s’avèrent parfois être des défaites, mais dans certains cas ils font référence à des batailles dont il n’y a pas de traces historiques documentées par le camp d’en face, voir pas aucune autre source. Si ajoute une logistique complexe, avec dans certains cas des belligérants dont les lignes de front sont enchevêtrés de manière mouvante avec une logistique aléatoire. C’est aussi dans ce contexte, que l’armée de la République Indienne se révèle. Mieux structurée, bien équipée et massivement encadrée par des volontaires japonais, la fin d’année 1946 est l’occasion pour l’armée de la future République du Bengale de passer à l’offensive et libérer les territoires qu’elle convoite.

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Front de l’ouest

Le front de l’ouest désigne dans le cadre de la guerre civile indienne les combats qui ont eu lieu dans le nord-ouest du sous-continent indien dans des zones qui correspondent approximativement à l’actuelle frontière entre le Pakistan et l’Inde. Le front de l’ouest, s’il voit principalement des victoires de l’Hindoustan, verra en réalité le front rester relativement stable.

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La bataille de Longewala

La bataille de Longewala est une offensive pakistanaise sur un avant-poste indien dans le désert du Thar dans l’actuel Rajasthan. Il s’agit d’une des batailles les plus mythiques menées par l’armée indienne. Elle voit plus de 2000 combattants pakistanais, appuyés par une quarantaine de blindés et deux batteries d’artillerie, tenter de capturer un avant-poste défendu par 120 soldats indiens du 23ème bataillon du Régiment du Pendjab. Ces derniers, commandés par le major Harshal Shubham Arun[5], ne disposent ni de char ni d’artillerie, seulement des quelques armes antichars et deux mortiers.

Les combats commencent dans la nuit du 4 décembre 1946, après que dans la soirée du 3 au 4 un peloton de reconnaissance indien a détecté, d’abord au bruit puis de visu, l’approche de véhicules pakistanais à plusieurs kilomètres de l’avant-poste de Longewala. Informé par ses éclaireurs revenus à dos de chameaux, le major Arun réclame des renforts en urgence. Sa hiérarchie lui laisse le choix entre tenir la position dans l’attente de renforts avec qui arriveront le lendemain. Un soutien lui est même promis dès l’aube. L’autre option est de battre en retrait à pied et dos de chameau vers Ramgarth. Suite à un vote de ses hommes, Arun annonce à sa hiérarchie que l’avant-poste sera défendu jusqu’à l’arrivée des renforts.

Les Pakistanais lancent leur attaque aux alentours de 0 h 30 avec un barrage d’artillerie qui n’aura d’autres effets que de tuer une partie des chameaux utilisés par les Indiens. Ces derniers retiennent leurs feux et restent parfaitement dissimulés jusqu’à ce que les premiers véhicules pakistanais se trouvent à environ trente mètres de leur position. Les défenseurs tirent alors avec des PIAT et des canons sans recul M18 dont certains sont montés sur des Jeeps. Si l’une des jeeps antichars est détruite avec son équipage, deux M4 Sherman pakistanais sont détruits, gênant l’approche des Pakistanais.

Rapidement, les défenseurs détruisent une douzaine de véhicules. Dans la nuit noire, les fantassins pakistanais, pris de court tentent d’approcher les positions indiennes par eux-mêmes et sont rapidement bloqués par des enchevêtrements de fils de fer barbelés. À l’inverse, les positions des Pakistanais sont partiellement illuminées par la lune et les épaves de leurs véhicules en flamme. La lumière des feux facilite la tâche aux défenseurs indiens pendant que les Pakistanais sont gênés par les inhalations de fumée.

Il faudra deux heures pour que les Pakistanais reçoivent le soutien de sapeurs. Ils reçoivent alors l’ordre d’attaquer à nouveau, dans un mouvement visant à envelopper l’avant-poste, alors que l’aube approche et qu’ils auront potentiellement le soleil dans les yeux. Les Pakistanais tentent alors une manœuvre d’enveloppement, mais plusieurs véhicules s’enlisent dans le terrain difficile sous les feux des deux seuls mortiers à dispositions d’Arun et ses hommes.

Si les Pakistanais parviennent effectivement à encercler l’avant-poste avant le levé du jour, ils sont maintenus à une distance respectable et n’ont infligé que très peu de perte au défenseur indien. Ces derniers, encouragés par la tournure des évènements décident de continuer à défendre Longewala.

Lorsque le soleil se lève, quatre Hawker Tempest et trois Bristol Blenheim surgissent dans le ciel et déversent roquettes et bombes ainsi que des tirs de leurs canons. Les blindés légers et camions pakistanais, faiblement ou pas blindés, n’ont aucune chance. Comme arme antiaérienne, les Pakistanais ne disposent que de quelques mitrailleuses Vikers ou Browning de calibre 12.7mm. Le terrain du désert du Thar ne leur laisse quasiment aucun couvert.

Le 4 décembre 1946, avant midi, en déroute totale, les Pakistanais se retirent. Ils ont perdu plus de 200 soldats et 36 des 40 blindés engagés, dont 22 ont été détruits par l’aviation indienne depuis le lever du soleil. Surtout, les renforts indiens, des chars M3 et M4 du 20th Lancer[6] et un bataillon du Rajputana Rifles approchent de Longewala. Les pilotes indiens continuent de harceler la colonne pakistanaise, y compris sur ses arrières, portant les pertes de véhicules à plus d’une centaine d’engins.

Cette bataille légendaire de l’armée indienne est souvent comparée à la bataille des Thermopyles et a été immortalisée au cinéma en 1971 et 1997 respectivement dans les films « Longwala » et « Border ».

La bataille du saillant de Shakargarh

La bataille du saillant de Shakargarh, est une bataille d’une douzaine de jours qui s’est déroulée dans l’actuel Pendjab pakistanais au sud de la frontière de la future République du Cachemire.

Shakargarh est une bataille de la plus haute importance pour l’Hindoustan qui espère encore que l’État princier du Jammu-et-Cachemire rejoindra sa Fédération. La principale raison affichée par les Pakistanais n’est pas l’éventuelle conquête du Cachemire, mais la volonté d’expulser les hindous d’un territoire se trouvant dans les frontières qu’ils revendiquent pour le Pakistan. Des prétentions qui seront en partie démenties par des fuites de document en 1971.

Le saillant de Shakargarh est considéré comme un cauchemar défensif, présentant peu d’obstacle naturel, mais étant alors le bouclier des principales voies reliant l’Hindoustan au Cachemire. Il était donc crucial pour l’Inde de sécuriser le saillant, car le Pakistan disposait d’une base militaire à proximité, à Sialkot, et aurait donc pu facilement lancer une invasion massive de la région de Shakargarh, coupant ainsi le Jammu-et-Cachemire du reste de l’Inde. L’armée indienne maintenait une base à Pathankot, à 37 km de Shakargarh, et a rapidement mobilisé des forces pour défendre la région.

Constatant que les Pakistanais préparaient une offensive et dans le but de tirer parti de l’effet de surprise, l’armée indienne, bien qu’en infériorité numérique, attaque les positions pakistanaises près de Jarpal, déclenchant ainsi la bataille. Dans la nuit du 3 au 4 décembre, les chars M3 et M4 du Poona Horse commandés par le capitaine R. E. Singh se font ouvrir des couloirs dans les champs de mines Pakistanais par les sapeurs. Les Pakistanais lancent une violente contre-attaque qui freine la progression de la 36ème Division d’Infanterie[7], commandée par le major général Om Bhaskar Bharat[8]. Toutefois les Pakistanais sont rapidement contraints de mobiliser des renforts de leur 8ème Brigade blindée. Alors que seuls deux Sherman du Poon Horse sont encore opérationnels, les Pakistanais ont déjà perdu dix de leurs chars.

Les combats se poursuivent pendant plusieurs jours autour de Jarpal, Basantar, Thakurdwara et Chakra ; et voient les deux camps avancer puis être repoussés. Malgré tout, dans les derniers jours de la bataille les Indiens parviennent à faire reculer les Pakistanais sur l’ensemble du front. Dans les dernières heures de la bataille, les Pakistanais voient le lieutenant-colonel Mumtaz Anit Muzaffar[9] tenter une contre-attaque désespérée en se lançant dans une « charge de cavalerie à l’ancienne » avec ses blindés. Lancée en plein jour, à la vue des positions défensives indiennes bien établies, la tentative se transformée en désastre. Les Indiens poursuivent ensuite leur offensive et se rapprochent dangereusement de la base pakistanaise de Sialkot. En infériorité numérique face à l’armée indienne, les Pakistanais semblent pouvoir éviter un désastre complet grâce à leurs aviateurs, qui leur permettent de se rétablir devant Zafarwal. En difficulté, et s’attendant à une nouvelle offensive massive de l’armée indienne, le lieutenant général Saddam Prashant Zaman[10] sait qu’il ne sera pas en mesure de la contenir, pas plus qu’il ne sera en mesure de lancer de contre-offensive dans la région. Après concertation avec les commandants des autres unités, les lieutenants généraux Muhammad Ali Amin Baber[11] et Zulfiqar Furqan Rahman[12], il ordonne le retrait complet de ses unités et obtient un cessez-le-feu. L’Inde prend le contrôle d’environ 1000 km2 du territoire revendiqué par le Pakistan, ainsi qu’environ 500 villages.

Des documents publiés en 1971 révèleront qu’en réalité, si les Pakistanais comptaient attaquer le saillant de Shakargarh ce n’était pas seulement pour prendre le contrôle d’un territoire qu’ils revendiquaient. Les Pakistanais avaient alors l’ambition de couper les voies de communication entre l’Inde et l’état princier du Jammu-et-Cachemire avant d’envahir ce dernier. L’idée d’envahir le Cachemire fut en réalité enterrée après cette bataille. Il faudra attendre l’invasion du Jammu-et-Cachemire par l’Inde au printemps 1947 pour voir le Pakistan y jouer ses propres cartes et en récupérer une partie du territoire.

Autour de Shakargarh, les mois suivants verront de nombreuses escarmouches. Souvent initiées par les Indiens qui sondent le terrain pour voir s’ils y ont des opportunités de repartir à l’offensive et menacer Silakot. Les Pakistanais considèrent cette défaite comme l’une de leurs plus humiliantes avec la bataille Longewala. Dans cette seule bataille, l’Inde a détruit 46 chars et plus d’une soixantaine d’automitrailleuses pour la perte de seulement 5 chars et une dizaine d’automitrailleuses. Les généraux pakistanais Saddam Prashant Zaman, Muhammad Ali Amin Baber, Zulfiqar Furqan Rahman seront accusés lors d’une commission d’enquête sur la conduite de la guerre de « s’être rendu à l’ennemi sans combattre » ajoutant qu’ils devraient « être jugés pour négligence criminelle et délibérée dans l’exercice de leurs fonctions » et pour mauvaise conduite des opérations, qui « a gravement compromis les opérations offensives de l’armée ». Malgré le désastre militaire que représente la bataille du saillant de Shakargarh pour les Pakistanais, ils récupèreront la totalité de ces territoires après la signature de l’accord de Shimla le 7 décembre 1947.

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Front de l’est

Le front de l’est désigne dans le cadre de la guerre civile indienne les combats qui ont eu lieu dans le nord-est du sous-continent indien dans des zones qui correspondent approximativement à l’actuelle frontière entre le Bengale et l’Inde. Ce front, où l’initiative des combats est généralement attribuée aux Indiens, verra ces derniers perdre de nombreux territoires face aux Bengalais de la République Indienne Libre. En effet, le recul permet de constater qu’ils se préparaient assidument à passer l’offensive. Surtout, ils étaient très bien entrainés et encadrés par les Japonais qu’ils leur avaient de plus transférés de nombreux surplus. Ce qui est globalement un désastre militaire pour les Indiens sera pourtant médiatisé comme combat héroïque et existentiel, occultant totalement les erreurs militaires et l’incompétence de certains officiers et surtout le fait que les Indiens ont attaqué en premier dans cette campagne de l’hiver 1946-1947.

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La bataille de Baksigani

Bakshiganj est un village de l’actuel district de Jamalpur, situé à l’est du Brahmapoutre et à 140 kilomètres au nord de Dhaka, actuelle capitale de la République indienne du Bengale. Bakshiganj est à l’époque un territoire qui s’est soulevé contre les autorités de l’Inde britannique et se réclame de la République de l’Inde Libre de Subhash Chandra Bose. Toutefois, le village n’est alors pas encore occupé militairement par le Bengale. Au début du mois de juin 1946, la République de l’Inde Libre constate que les troupes du 61ème Régiment du Bengale[13] occupent la zone et établissent des fortifications. Ces dernières sont constituées de bunkers et tranchées autour du village dont le nom est changé en « Kamalpur ». Outre les fortifications, le périmètre du « Camp de Kamalpur » est défendu par des pièges et champs de mines.

La République Indienne Libre mobilise alors 7000 combattants de la Brigade « Tura ». Les premiers combats ont lieu le 12 juin 1946 lors que le 1er Régiment d’Infanterie bengalais repousse une offensive indienne sur le village Sarishabari. En se retirant, les Indiens incendient le village et tuent plusieurs civils.

Le 31 juillet, en pleine nuit, les troupes du 1er Régiment, commandées par le colonel Basanta Adnan Ramprasad[14], attaquent « Kamalpur » par le nord et l’est, mais leur mouvement est vite contrecarré par l’artillerie indienne. L’offensive est rapidement rendue chaotique par des pluies torrentielles qui handicapent les deux camps, mais les troupes du 1er Régiment avancent malgré tout et atteignent le périmètre extérieur du camp indien. Malgré des pertes significatives, les Bengalais parviennent à traverser les champs de mines. Peu avant l’aube, le 1er Régiment perd deux capitaines. Le premier, Bibek Farhan Reza[15], est tué par l’artillerie indienne et trois de ses hommes perdront la vie en tentant de récupérer son corps. Le second, grièvement blessé, est Aniruddha Aurobindo Dipak[16]. Constatant que ses troupes perdent en cohésion, le colonel Ramprasad ordonne la retraite du 1er Régiment à 7 h 30 du matin.

Malgré tout, la Brigade « Tura » va poursuivre pendant plusieurs mois ses opérations de harcèlement contre des Indiens mal ravitaillés et qui ne disposent pas de soutien extérieur. Progressivement, le périmètre « Kamalpur » se retrouve isolé du reste des dispositifs indiens et se retrouve encerclé à partir du mois d’octobre. Encerclés depuis 21 jours, les Indiens entament l’évacuation de leurs positions entre le 14 novembre et le 4 décembre 1946. Si l’armée de Subhash Chandra Bose a perdu près de 200 hommes, les Indiens ont perdu près de 500 hommes dans les combats, mais aussi de maladie et famine. Les Indiens ont été contraints d’abandonner 162 malades et blessés derrière eux ainsi que 220 combattants qui se sont portés volontaires pour tenir la position pendant la retraite. Lorsqu’ils sont cessés, les combats, les derniers défenseurs n’avaient plus que quelques balles et grenades. Le colonel Basanta Adnan Ramprasad saluera personnellement la défense héroïque des derniers défenseurs de « Kamalpur ».

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La bataille de Dhalai

Dhalai est un district situé dans l’actuel état du Tripura au Bengale. En 1946, pendant la guerre civile indienne, il faisait partie des territoires tenus par l’Hindoustan dans l’extrême est dû Bengale, loin derrière « les lignes ennemies ».

La zone est défendue par une unité paramilitaire hindoue appelée le Régiment Nagendra, du nom de son commandant Shankara Yudhisthira Nagendra[17]. Ce dernier, ancien officier de l’Armée britannique des Indes, s’est autoproclamé colonel, mais ne détenait en réalité que le grade de major. Son régiment compte en réalité des effectifs équivalents à ceux d’un bataillon, environ un millier d’hommes.

Le 18 octobre 1946, bien décidée à se « débarrasser de l’occupant fasciste Nagendra[18] », l’armée de la République Indienne Libre passe à l’offensive. Elle est commandée par le lieutenant général Sagat Ansat[19] et est menée par trois bataillons de la 7ème Brigade de Montagne, récemment formés, et appuyés par le 7ème Régiment d’infanterie ainsi que plusieurs pièces d’artillerie.

Malgré une infériorité flagrante en termes d’effectifs (1 contre 4) et d’équipements, les hommes de Nagendra parviennent initialement à repousser l’assaut des Bengalais. Ces derniers n’engagent au début qu’une fraction de leurs forces, pensant pouvoir facilement capturer le village. Les assauts suivants verront Sagat Ansat engager la majorité de ses effectifs et utiliser son artillerie ce qui n’empêchera pas ses troupes relativement inexpérimentées de subir des pertes relativement élevées. Toutefois, le Régiment Nagendra, combattant jusque derniers hommes sera anéanti dans le combat.

Dhalai est finalement capturé par la 7ème Brigade de Montagne le 3 novembre 1946. Les défenseurs hindous ne comptent que 170 survivants, presque tous malades ou blessés, soit un taux de perte de près de 90 %. Shankara Yudhisthira Nagendra, tué dans les combats, sera nommé colonel de l’Armée de la Fédération indienne à titre posthume le 29 novembre 1951. Un élément confirmant l’inexpérience des troupes bengalaises est le fait qu’elle aura deux lieutenants colonels, Junaid Faysal Samir et Jyoti Shashi Akram[20], blessés au combat dans un siège qui n’a pourtant duré que six jours.

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La bataille Garibpur

La bataille pour le contrôle du village de Garibpur, dans l’actuelle division de Kulna de la République Indienne du Bengale, a eu lieu du 20 au 21 novembre 1946.

L’Hindoustan engage l’escadron C du 45ème Régiment de cavalerie (blindé) et le 14ème, 16ème, 21ème et 22ème Bataillon du Régiment du Pendjab pour un effectif total estimé de 2700 à 3600 combattants. La République Indienne engage quant à elle environ 1200 hommes de la 8ème Brigade d’infanterie et du 3ème escadron blindé.

Le 20 novembre, des troupes de l’Hindoustan du 14ème Régiment du Pendjab capturent le village et ses alentours sans combat, car il n’est pas occupé les troupes bengalaises. Malgré ce succès facile, une patrouille de routine d’éléments de la 8ème Brigade d’infanterie bengalaise est accrochée par des éléments indiens à Chaugacha. Faisant plusieurs prisonniers qui seront interrogés, les Bengalais apprennent l’offensive indienne sur Garibpur, mais aussi le fait qu’elle n’est menée que par un seul bataillon en sous-effectif. Quelques heures plus tard, l’occupation de Garibpur par le 14ème Régiment du Pendjab est confirmée. Le lieutenant général Khalid Ram Kali[21], commandant de la 8ème Brigade d’infanterie, commence immédiatement à préparer une contre-attaque.

Le capitaine Yusuf Abhijeet Indrajit[22] mène les chars du 3ème Escadron blindé, appuyé par quatre compagnies de la 8ème Brigade, dans en reconnaissance des positions ennemies aux alentours de minuit. Environ deux heures plus tard, il signale par radio que des renforts indiens sont en route pour Garibpur. Les fantassins bengalais installent des positions défensives avec des canons sans recul Type 5 d’origine japonaise[23] et des mitrailleuses, alors qu’Indrajit ordonne à son escadron d’avancer en formation en fer à cheval pour tendre une embuscade à la colonne indienne.

Dans les premières heures du 21 novembre, l’escadron C du 45ème Régiment de cavalerie et les véhicules des 16ème et 21ème Bataillons du Régiment du Pendjab tombent dans l’embuscade préparée par Indrajit. Dès les premières minutes, le Major Ninad[24] qui commande l’escadron C est tué et c’est son second, le capitaine P.R Karthikeyan[25], qui assume le commandement. Grâce au brouillard et à l’obscurité, les 14 Type 95 Ha-Go et 4 Types 2 Ke-To du 3ème Escadron dominent les 14 M24 Chaffee commandés par Karthikeyan. Ce dernier voit neuf de ses M24 être détruits en infligeant seulement deux pertes à l’escadron d’Indrajit. Lorsque ce dernier ordonne à ses chars de reculer, il est pris en chasse par l’infanterie indienne qui est elle-même arrêtée par les fantassins de la 8ème Brigade placés en embuscade.

Lorsque le soleil se lève les Indiens on près de 300 tués et blessés alors que les bengalais ne déplore que 42 morts et 82 blessés. Malgré l’intervention de sept Hawker Tempest rapidement contrecarrés par des Ki-43 bengalais, les Indiens constatent que le 14ème Régiment est sur le point d’être encerclé à Garibpur et, à 15 heures, ils ordonnent une retraite qui sera effectuée sans combat durant la nuit.

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Les batailles de Bogra

Les batailles de Bogra désignent une série de bataille qui a eu lieu lors de l’offensive de la République Indienne Libre qui s’est déroulée en deux phases, en novembre et décembre 1946, dans l’actuelle région (division) de Rajshahi.

L’objectif des troupes bengalaises était de capturer les fortifications indiennes autour de Morapara et Hilli, pour s’ouvrir la voie de la ville de Bogra.

La République Indienne Libre (Bengale) engage le 1er Régiment d’Infanterie et la 22ème Brigade d’Infanterie de Montagne, comptant trois bataillons d’infanterie, quatre batteries d’artillerie et un escadron de chars (Type 95 Ha-Go). Les positions de l’Hindoustan sont tenues par la 20ème Brigade d’Infanterie[26] comptant trois bataillons d’infanterie, un escadron de chars (M3, M4 et M24) et deux batteries d’artillerie.

Les défenses indiennes, composées de tranchées bien creusées, de bunkers, de wagons de chemin de fer réaménagés en position de tir, de mines, de pièges et de barbelés, avaient été mises en place pour assurer la défense complète de Hilli et couvraient toutes les approches du village. Au nord de Hilli se trouve une petite localité, Morapara. Des rizières humides et détrempées, des marais et de la boue entouraient Hilli de tous côtés, sauf à Morapara, où ils étaient plus rares. Par conséquent, Morapara était l’angle le mieux défendu de tout le complexe et, en même temps, le seul d’où l’on pouvait attaquer.

L’heure H était fixée à minuit, dans la nuit du 22 et le 23 novembre. Douze heures avant l’attaque, les canons d’artillerie de la 22ème Brigade de Montagne ont commencé un barrage massif qui n’a pris fin que quelques instants avant le début de l’offensive terrestre. Le 8ème Bataillon a attaqué depuis le nord et l’ouest, engageant deux compagnies dans chacune de ces deux directions. À 1 heure du matin, deux hameaux au nord de Morapara avaient été sécurisés et les unités impliquées commencèrent à fournir un tir de couverture aux troupes attaquant les défenses de Morapara, une compagnie étant maintenue en réserve. Pendant l’attaque, le bataillon reçoit le soutien de quatre chars Type 95 Ha-Go du 36ème Escadron Blindé.

La compagnie d’infanterie attaquant Mopara par l’ouest perd son commandant, le major Sohail Partha Rameshwar[27], dès les premières secondes de l’engagement par un tir de mitrailleuse. Cette même compagnie perd au total quatre de ses officiers avant même t’atteindre les tranchées des défenseurs indiens. La compagnie d’infanterie attaquant depuis le nord, perd également son commandant, le major Mani Anbu Abhinav[28], dans les premières minutes des combats. La compagnie tenue en réserve est alors envoyée à l’assaut de Basudeopur, un fort adjacent à Marapara, qui est rapidement submergé.

Malgré de lourdes pertes et la mort de la plupart de ses officiers, l’assaut du 8ème Bataillon est relativement couronné de succès et les défenseurs indiens sont repoussés d’une large partie de Morapara, à l’exception de l’extrémité est.

Les quatre chars Ha-Go qui avaient été affectés à l’appui-feu de l’attaque n’ont pas pu être utilisés par l’infanterie, car ils s’étaient enlisés dans les marais qui entouraient l’objectif.

Dans la nuit du 23 au 24 novembre, les deux camps mènent des patrouilles en force, et les forces indiennes tentent une contre-attaque. Au cours de la nuit, les Bengalais ont finalement reçu le renfort d’une seconde section de quatre chars légers Ha-Go, qui ont aidé à repousser la contre-attaque indienne. Soutenu par huit chars, le sous-lieutenant K.S.R. Harish[29] mène une colonne d’infanterie et de blindés à l’est de Morapara, avant l’aube du 24 novembre, et sécurise le hameau mettant fin à la bataille.

La 22ème Brigade de Montagne ne parvient à atteindre son objectif, la prise de Hilli, que le 11 décembre, et ce uniquement grâce au succès de la 34ème Brigade, venue en renfort, qui réussit à percer les défenses indiennes dans d’autres zones et à harceler les lignes de ravitaillement indiennes vers Hilli. Jusque-là, les unités de la 22ème Brigade avaient continué à engager régulièrement le combat avec les Indiens afin de les distraire et de les occuper. Les défenseurs de Hilli tentent quelques contre-attaques entre le 24 novembre et le 11 décembre 1946, mais elles sont repoussées par le 2ème Bataillon de la 22ème Brigade, venu en renfort du 8ème Bataillon, dont les effectifs ont souffert d’une lourde attrition.

Pendant toute la journée du 10 décembre et toute la nuit suivante, les pelotons de mortiers, les canons sans recul et les pelotons de mitrailleuses lourdes survivantes du 8ème Bataillon attaquent sans relâche les positions indiennes à Hilli. Le 11 décembre 1946, les Bengalais occupent Hilli qui a été abandonné par les défenseurs indiens. Ces derniers ont en réalité passé les derniers jours de la bataille de Hilli à évacuer Bogra qui est prise sans combat.

Sur les près de 5000 hommes engagés, l’armée de la République Indienne Libre à eu 216 tués dont 20 officiers. Du côté des défenseurs Hindoustanis, plus d’une centaine de combattants ont été tués pour autant de blessés et 23 prisonniers.

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Le siège de Sylhet

La ville de Sylhet, situé sur les berges de la Surma se trouve dans le nord-est de l’actuelle République indienne du Bengale, dans l’actuelle division de Sylhet. Au pied de l’Himalaya, cette zone était restée aux mains de l’Hindoustan avant que la guerre civile n’éclate. La ville elle-même a ensuite fait partie de celles, nombreuses, qui se sont soulevées contre le pouvoir britannique et fait allégeance à la République indienne Libre de Subhas Chandra Bose. Toutefois, les troupes de la 8ème Division d’Infanterie, fidèles à Delhi, attaquent et occupent Sylhet et ses alentours à partir du printemps 1946. Les Indiens, contre qui la population prend les armes, lancent des opérations de contre-insurrection d’une grande violence entre mars et mai 1946 pour pacifier la région, profitant de la frilosité de l’armée bengalaise encore en pleine construction. Si, dans un bain de sang, les Indiens parviennent pacifier Sylhet même, ils échouent à pacifier les districts alentours, notamment à Moulvibazar, Sunamganj et Shamshernagar ou les insurgés et les paramilitaires de la Grāma Pratirakṣā Bāhinī[30] sont très actifs.

Emblème et drapeaux de la Grāma Pratirakṣā Bāhinī adoptés en 1948.

Au cours de l’offensive de la mousson (juin à octobre), les troupes bengalaises, sous le commandement du major Amarjeet Firoz Aqeel[31], ont réussi à reprendre la ville de Sylhet en août, mais cette victoire a été de courte durée, car les troupes indiennes de la 131ème Brigade d’infanterie[32], sous le commandement du brigadier général Raju Suresh Sukhwinder[33], ont repris Sylhet au début du mois de septembre. Le major Aqeel se retire dans le district d’East Jaintia Hills. Ce sont alors pas moins de 5000 soldats de la 131ème Brigade qui occupent le périmètre autour de Sylhet et un effectif estimé à 14 000 hommes de la 8ème Division qui occupent la région.

Depuis juillet 1946, une 44ème Division d’infanterie ad hoc est organisée[34], équipée et entrainée à Jalalabad par les Bengalais sous le commandement du général Ramprasad Tushar[35]. Elle commence à opérer aux côtés des GPB dès le mois d’octobre. En novembre, les combats entre les Bangladais et les Indiens demeurent indécis, les forces bangladaises restant redoutables à la périphérie de la ville, en particulier à Moulvibazar, Sunamganj et Habiganj. Au total, dans cette offensive, les bengalais engagent pas moins 7000 soldats réguliers, 8000 paramilitaires et insurgés et une quinzaine de pièces d’artillerie.

Le 21 novembre 1946, le 1er et le 9ème Régiment de choc bengalais[36] (qui comptent en réalité de très nombreux vétérans japonais dans leurs rangs) traversent la Surma et chargent les positions indiennes près de Sunamganj. Après de durs combats, les troupes de choc capturent Atgram et mettent la main sur d’importantes quantités d’armes et munitions. Les troupes du 1er et le 9ème Régiment de choc ne s’attardent pas et laissent les GPB occuper le terrain afin de se porter immédiatement à l’attaque de Zakigan sur les berges de la Kushiyara. À nouveau les combats sont très durs, mais leur issue est à nouveau défavorable aux Indiens. Ces derniers, en difficultés et désorganisés, évacuent Sunamganj qui est occupé par des troupes de la 44ème Division d’infanterie bengalaise.

Étendards et brassards fréquemment portés par les Régiments de Choc de l’Armée indienne libre.

Le 4 décembre 1946, la 14ème Brigade la 44ème Division, appuyé par le 1er et le 9ème Régiment de choc attaquent Kulaura et Gazipur qui tombent le lendemain. En ce même 5 décembre, d’autres unités de la 44ème Division attaquent Chhatarpur qui est capturé le lendemain. C’est ensuite Moulvibazar et le pont sur la rivière Manu qui sont capturés le 9 décembre après, là aussi, deux jours de combat.

En parallèle du grignotage de leurs positions autour de Sylhet, les troupes indiennes sont harcelées et subissent des infiltrations qui les déstabilisent et les démoralisent. Ainsi, le 8 décembre à 4 heures du matin, c’est Sylhet même qui est attaquée après une infiltration audacieuse des 75 soldats prélevés sur les 1er et 9ème Régiments et accompagnés par environs 300 insurgés et paramilitaires de la GPB. Les combats très rapprochés qui s’en suivent ont alors la particularité de déjouer l’un des principaux avantages des défenseurs indiens : leurs sections de mitrailleuses. Lourdes et encombrantes, elles sont alors beaucoup moins utiles qu’elles ne l’auraient été face à un assaut frontal.

Le 9 décembre, les troupes bengalaises libèrent le district de Companiganj et déciment une patrouille indienne prise en embuscade à Khadim Nagar.

Le 10 décembre, les troupes bengalaises à Sylhet se voient larguer des munitions par six avions qui s’avèrent être des G6M1-L2 japonais volant sous couleurs bengalaises. Malgré le tir nourri des Indiens, les Bengalais parviennent à récupérer une portion non négligeable des munitions et vivres qui ont été largués. Pendant la journée, les Indiens occupant Sylhet sont aussi attaqués par quatorze Ki-32. Sukhwinder ordonne un usage massif de ses quelques pièces d’artillerie, mortiers et mitrailleuses encore à sa disposition dans l’espoir de déloger les troupes bengalaises. Les combats se poursuivent le lendemain sans que les indiens ne parviennent pas à repousser les Bengalais qui reçoivent des renforts terrestres et un nouveau largage de vivre et munitions. Le dernier bataillon indien défendant Sylhet est alors complètement encerclé, car si les Bengalais n’ont que partiellement infiltré le périmètre de Sylhet, toutes les positions défensives et voies de communication dans le district et les districts environnants sont maintenant aux mains des Bengalais.

Le 15 décembre 1946, le brigadier général Raju Suresh Sukhwinder fait connaitre aux assaillants son intention de cesser les combats. C’est chose faite le lendemain lorsque le général Ramprasad Tushar reçoit la reddition des troupes indiennes. Au total, l’offensive bengalaise sur Sylhet a permis aux Bengalais de capturer pas moins de 71 officiers, 192 sous-officiers et plus de 4500 soldats indiens. La 8ème Division indienne est décimée, car, en plus des près de 5000 hommes capturés, certaines sources estiment qu’elle a eu plus de 6000 tués et blessés entre mai et décembre 1946. Les débris de 8ème Division s’éparpillent alors vers le nord pour tenter de gagner le Bhoutan à 200 kilomètres de là. Si quelques-uns y parviennent, le sort de la plupart d’entre eux reste inconnu. En effet, l’historiographie de la guerre civile indienne souffre d’un manque de source documentaire, d’état civil notamment. Aussi, de nombreuses unités régulières ou ad hoc n’ont pas tenu de registres détaillés durant cette période.

La bataille de Shiromoni

La bataille de Shiromoni est l’une des dernières batailles d’ampleur de la séquence hivernale 1946-1947. C’est en effet alors que cette bataille approche de sa conclusion que l’armée de l’Hindoustan entame son retrait progressif du Bengale.

Durant le mois de mars 1946, des troupes de l’Hindoustan ont progressivement sécurisé plusieurs villes et villages de l’actuelle division de Kulna de la République Indienne du Bengale. C’est notamment le cas des environs de Jessore et Satkhira, malgré une forte opposition de la population en arme. À Jessore, les troupes indiennes s’étaient emparées dès le début de la Guerre civile de l’ancien cantonnement de l’Armée britannique des Indes qui fut construit durant la Seconde Guerre mondiale après l’invasion de la Birmanie par l’Empire du Japon. Jessore étant une enclave militaire de qualité et d’importance stratégique, Subhas Chandra Bose fait pression, dès avril 1946, sur son ministre de la guerre, Jaganath Rao Bhonsle, et son chef d’état-major, Shah Nawaz Khan, pour que l’Armée Indienne Libre s’empare de la place forte.

Le 6 décembre 1946, les troupes bengalaises entament leur mouvement vers Jessore. L’offensive est commandée par le général Kamal Rasel Aurobindo[37] et repose sur la 17ème Brigade d’Infanterie, la 11ème Brigade de Cavalerie (blindée) et le 15ème Escadron Blindé. Les troupes régulières sont appuyées par 5000 à 10 000 irréguliers de la Grāma Pratirakṣā Bāhinī et miliciens divers. Dès le lendemain, les Indiens, inquiets d’être pris en tenaille par potentiellement 20 000 à 30 000 hommes, quittent Jessore avec la totalité de leurs chars et véhicules et font route au sud-est vers Shiromoni à 45 kilomètres de là.

Quitter un cantonnement tel que Jessore pour Shiromoni pourrait paraitre étrange, mais à pourtant plusieurs explications. Shiromoni est une zone qui a largement été utilisée pour l’entrainement de l’Armée britannique des Indes et est donc bien connu de plusieurs officiers. Elle abrite aussi des installations industrielles près de la rivière Bhairab offrant de très bonnes positions défensives. Les troupes indiennes se retranchent du 7 au 12 décembre 1946 et sont commandées par le général Mohammad Usman. Ce dernier dispose 32 chars du 1er Escadron de la 5ème Brigade de Cavalerie et environ 5000 hommes de la 50ème Brigade Parachutiste. Usman persuadé de pouvoir affronter l’ennemi sur un terrain plus favorable comment en fait une erreur stratégique.

Le 11 décembre 1946, les troupes bengalaises commencent à se positionner à Fultola, près de Shiromoni et se préparent à attaquer les Indiens. Dans la foulée, d’autres troupes ainsi que des chars atteignent Benapole, Gollamri ainsi que le chantier naval de Kulna au sud de Shiromoni. Dans le même temps, les irréguliers Bengalais se sont assuré du contrôle de Khulna, Jessore, Faridpur et Kushtia. En se portant sur Shiromoni, les Indiens se sont mis en position d’être encerclés.

Le début de la bataille de Shiromoni est daté du 13 décembre 1943, l’embuscade de Badamtola. Ce jour-là, les troupes bengalaises « arrosent » Shiromoni d’un tir nourri de mitrailleuse suivie de bombardement mené par des Ki-32 qui volent sans opposition. Les Indiens répliquent par un tir nourri, notamment avec leurs chars, consommant une part non négligeable de leurs munitions et subissant des pertes non négligeables. Le lendemain, le lever du jour est accompagné par l’absence d’action militaire des Indiens, laissant penser au général Aurobindo que ses adversaires ont trouvé un moyen d’évacuer Shiromoni pendant la nuit. Pensant que les Indiens ont fui au sud vers Kulna, Aurobindo ordonne à une colonne motorisée, commandée par les majors Saiful et Goutam[38], de se rendre vers Kulna. Sur le chemin de Khulna, après avoir traversé Shiromoni et s’être approchés de Badamtola, les Bengalis sont pris en embuscade par les troupes indiennes. Sur les 28 véhicules engagés, 26 sont détruits par les Hindoustanis. Le major Saiful est tué dans l’embuscade, mais le major Goutam parvient à s’enfuir vers Fultola. Environ 250 à 300 soldats bengalais sont tués ou blessés dans l’embuscade.

[…]

Le 16 décembre 1946, le général Satyawant Mallanna Shrinagesh, de facto Chef d’État-major de l’armée amorce le retrait des troupes indiennes du Bengale. Une décision symptomatique de la perte d’influence de l’Hindu Mahasabha de Vinayak Damodar Savarkar dans la politique d’un Hindoustan dont la gouvernance est alors compliquée à déchiffrer puisque Jawaharlal Nehru, bien que Premier ministre par intérim, était jusque-là en grande partie invisibilité par la rhétorique nationaliste et violente de Savarkar qui trouvait alors un fort éco dans une population hindoue en colère.

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En raison des positions défensives solides de l’armée indienne, les combats, ponctués de brefs cessez-le-feu, se sont poursuivis pendant plusieurs jours jusqu’au 17 décembre, malgré les ordres émis par le général Shrinagesh. Le général Mohammad Usman fait alors savoir au général Aurobindo que ses troupes ne cesseraient le combat qu’en échange d’un sauf-conduit vers le territoire indien.

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Pour la journée du 17 décembre à 3 heures du matin, les Bengalais déplorent déjà 38 soldats tués et 150 blessés dans le siège de Shiromoni.

En raison des pertes humaines continues, le major Goutam décide de se rendre au cantonnement de Jessore afin de réévaluer ses plans. Après une réunion de dix minutes, il est décidé que le major Goutam va prendre le commandement des forces à Shiromoni et Fultola. Dès sa prise de fonctions, Goutam envoie un message au commandant des GPB du secteur, le major Parvez Akram Shantanu[39], dont les forces étaient toujours stationnées au sud de Shiromoni. À la réception du message du major Goutam, le major Shantanu, avec l’aide de combattants de Satkhira et des environs, commence à attaquer les positions défensives indiennes au sud de Shiromoni. À ce moment-là, au nord, le major Goutam regagne Shiromoni et établit de nouvelles tactiques pour la conquête de la ville. Il décide de ne plus attendre un hypothétique soutien aérien à l’aube. Au lieu de cela, il souhaite lancer un assaut frontal. Tout d’abord, il envoie les combattants du GBP stationnés sur la deuxième ligne de défense à l’est de Shiromoni en première ligne et y envoie une partie de ses propres soldats. Deux commandos sur l’ouest et trois commandos tenus en réserve sont placés en première ligne, tandis que les autres soldats ont été envoyés sur les arrières. Goutam ordonne ensuite à deux chars de se diriger vers Shiromoni en empruntant la route principale et ordonne à six autres d’attaquer les places fortes indiennes depuis l’est. Derrière chacun de ses chars se trouvent des troupes de la GBP.

Avec au moins 25 chars indiens face à eux, le major Goutam et ses commandos commencent à avancer vers l’ennemi sous le feu nourri des chars et de centaines de mortiers et mitrailleuses. Ils franchissent les lignes indiennes et commencent à détruire chars et canons. Les Bengalais commencent alors à lancer des grenades à l’intérieur des chars indiens dont les trappes sont ouvertes. Ces destructions contribuent à faire baisser le moral des soldats indiens et beaucoup d’entre eux commencent à abandonner leurs chars et à déserter leurs positions.

De leur côté, les forces bengalaises sur les arrières ne savent toujours pas si le major Goutam est encore en vie ou non. Finalement, au milieu de ce flottement, un message provenant de la ligne de front informe les soldats bengalais que le major Goutam est toujours en vie et que les Indiens battent lentement en retraite. À six heures, alors que le soleil est déjà levé, comme prévu, des Ki-32 arrivent enfin pour porter le coup de grâce aux défenseurs indiens. Avec 157 de ses hommes tués, le général Mohammad Usman accepte de se rendre au major Goutam.

En ce 17 décembre à 13 h 30, après plusieurs heures de cessez-le-feu, le général Mohammad Usman offre la reddition des 3700 hommes du 1er Escadron de la 5ème Brigade de Cavalerie et de la 50ème Brigade Parachutiste sur le parvis de la Khulna Circuit House. À 13 h 55, le général Kamal Rasel Aurobindo arrive sur place et offre un sauf-conduit aux troupes d’Usman, saluant un combat héroïque. Les soldats indiens sont alors désarmés et escortés jusqu’à Bangaon. Les Bengalais récupèrent les 26 chars survivants du 1er Escadron et des centaines d’armes lourdes (mortiers, mitrailleuses, canons antichars et d’artillerie).

Malgré une supériorité numérique écrasante et l’avantage d’un encerclement, la victoire de l’Armée Indienne Libre est couteuse. En effet, si on fait fi des prisonniers, les Bengalais ont en réalité subi des pertes deux fois plus lourdes que les assiégés indiens. En quatre jours de combat, le général Usman a perdu 175 hommes et 6 chars. Du côté bengalais, Aurobindo déplore 331 tués et autant de blessés ainsi que la perte de 26 chars et blindés et 43 camions.

[…]

Dès lors, les troupes indiennes présentes sur le territoire de la future République Indienne du Bengale ne feront que refluer vers l’ouest face à une Armée Indienne Libre de plus en plus efficace et une population en arme qui, depuis le Grand Massacre de Calcutta, a subi de terribles violences de la part des troupes hindoues. Le prétexte d’une lutte contre une population bengalaise en insurrection verra ces mêmes troupes perpétrer de nombreux massacres. Ces massacres, perpétrés dans des zones principalement peuplées par l’ethnie bengalie majoritaire et essentiellement musulmane, verront l’historiographie bengalaise imposer la notion de « Génocide Bengali » et de « Génocide du Bengale ».

Cartes des batailles clefs de l’hiver 1946-1947


[5] Fictif.

[6] À ne pas confondre avec l’autre 20th Lancer qui est une unité pakistanaise. En ABATL, ses deux unités se réclament de l’héritage du 20th Lancer de l’Armée britannique des Indes.

[7] Cette unité se veut l’héritière de la 36ème Division d’Infanterie de l’Armée britannique des Indes, mais sera dissoute après la guerre.

[8] Fictif.

[9] Fictif.

[10] Fictif.

[11] Fictif.

[12] Fictif.

[13] Une unité ad hoc, et fictive, créée par les Indiens durant la guerre civile.

[14] Fictif.

[15] Fictif.

[16] Fictif.

[17] Fictif.

[18] Nagendra a prêté allégeance à l’Hindu Mahasabha.

[19] Officier (fictif) d’origine thaïlandaise que plusieurs historiens soupçonnent d’être tout simplement un officier japonais.

[20] Tous les deux fictifs.

[21] Fictif.

[22] Fictif.

[23] Le canon sans recul Type 5 de 45 mm est une armée conçue en décembre 1944.

[24] Fictif.

[25] Fictif.

[26] Unité ad hoc (et fictive) reprenant l’héritage de la 20ème Division de l’Armée britannique des Indes (1939 – 1943). L’unité est dissoute à la fin de la Guerre civile indienne.

[27] Fictif.

[28] Fictif.

[29] Fictif.

[30] La Grāma Pratirakṣā Bāhinī, où Village Defense Force, est l’équivalent bengalais d’une force de Gendarmerie. Elle l’une des plus larges forces paramilitaires avec plus 9 millions d’agents et fonctionnaires.

[31] Fictif.

[32] Unité ad hoc (et fictive).

[33] Fictif.

[34] Elle deviendra plus tard la 44ème Brigade et sera intégrée à la 33ème Division.

[35] Fictif.

[36] Unités ad hoc, indépendantes (et fictive), dissoutes après la Guerre civile indienne.

[37] Fictif.

[38] Fictifs.

[39] Fictif.

2 commentaires sur “La guerre civile indienne : Les points chauds de l’hiver 1946-1947

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