Extraits Wikipédia.
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Origines
Les années 1920 et le début des années 1930 voient le développement de groupes nationalistes très variés avec la révolte de Vinh et la mutinerie de Yên Bái et des bagnes, notamment le plus célèbre d’entre eux : Poulo Condor. Ces groupes s’ils ont le point commun d’avoir des velléités indépendantistes, ont des alliés étrangers variés et parfois antagonistes et se positionnent aussi bien à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite du spectre politique. On y retrouve :
- Les royalistes de la Cour de Huê, comme la famille de Ngô Đình Diệm dont le père fonda à l’École nationale « Quoc Hoc » fréquentée par Ngô Đình Diệm et Hồ Chí Minh. Le premier d’entre eux est le Prince Vinh San (1899-1946) intronisé en tant qu’Empereur Duy Tân en 1907, détrôné en 1916, exilé à La Réunion par les autorités coloniales et tué par les rebelles de la secte Hòa Hảo après son retour en Indochine.
- L’intellectuel nationaliste projaponais Phan Bội Châu, pionnier du nationalisme vietnamien du XXème siècle, exilé au Japon par l’administration coloniale française, fonde le Parti Dai Việt. Les Japonais soutenaient le Prince Cường Để[1] pour devenir empereur du Việt Nam à la place de Bảo Đại.
- Les prochinois du Parti nationaliste VNQDĐ (Việt Nam Quốc Dân Đảng), proches du Kuomintang, qui lancèrent la révolte ratée de Vinh et la mutinerie de Yên Bái dans les années 1920 et 1930.
- Les pacifistes de Phan Châu Trinh,grand-père de la future présidente Nguyên Thi Binh.
- Les communistes nationalistes du Parti communiste indochinois (PCI) fondé en 1930 par Nguyễn Ái Quốc (futur Hồ Chí Minh) à Hong Kong. Au Việt Nam, le PCI est le plus important des groupes nationalistes.
- Les religieux nationalistes caodaïstes qui sont anticolonialistes, anticommunistes et plutôt proches du Japon. Ils prendront les armes en 1951 sous le commandement de Trình Minh Thế.
- Le Hòa Hảo, une secte de religieux fanatiques et son prophète « le Bonze fou » Huỳnh Phú Sổ. Anti-français et anticommuniste, il déclare que le « vrai roi » reviendra pour conduire le pays à la liberté et à la prospérité ce qui pousse de plus en plus le Hòa Hảo à soutenir le prétendant au trône Cường Để, proche de Phan Bội Châu (qui soutient pourtant Bảo Đại) et vivant au Japon.
Conséquences de la Seconde Guerre mondiale
Articles détaillés : Invasion japonaise de l’Indochine, Printemps indochinois
Au moment de l’Armistice de 1940 et de la création du régime de Vichy, l’Indochine est administrée par le Général Georges Catroux, qui tente de régler les problèmes avec le Siam et le Japon. Mais les facilités accordées aux Japonais déplaisent au gouvernement vichyste et il est remplacé par l’Amiral Jean Decoux. Étant complètement coupé de la France, avec des forces militaires insuffisantes sur l’ensemble de la péninsule, le nouveau Gouverneur général de l’Indochine finit par céder aux Japonais. Ainsi, les armées japonaises sont autorisées à circuler librement au Tonkin, puis en Cochinchine et ensuite à y installer des bases aériennes.

Le Général Catroux profite de son rappel en France pour rejoindre la France Libre du Général de Gaulle.
À partir du milieu de l’année 1943, le Japon commence à armer les milices nationalistes du Dai Việt, les caodaïstes et même les communistes. Le but des Japonais est de faire peser sur les Alliés la menace d’une Indochine instable et potentiellement communiste.
Reprise en main difficile par les Français
Articles détaillés : Conférence de Siem Réap, Accords Hô-Sainteny, Bombardement de Hải Phòng
Au printemps 1944, lorsqu’est signée la paix de Manille, le Japon s’accorde avec la France pour que des troupes de l’armée impériale épaulent les Français pour le maintien de l’ordre. Dans la pratique les Japonais ne font rien et sont même rapidement soupçonnés de distribuer des armes supplémentaires aux milices.
Le 24 avril 1944, le Général Gabriel Sabattier est nommé en remplacement de Jean Decoux. Le Gouvernement provisoire de la République française déclara vouloir créer une Fédération indochinoise au sein de l’Union française. Au même moment, les Hòa Hảo déclenchent une guerre totale contre les communistes d’Hồ Chí Minh. Les troupes de ce dernier tiennent l’essentiel du Tonkin.
En juillet 1944, deux émissaires sont envoyés pour tenter de ramener la paix : Jean Sainteny et surtout l’empereur déchu Duy Tân qui a servi dans les Forces françaises libres. Ils sont mandatés par De Gaulle comme envoyés spéciaux auprès des populations indochinoises pour négocier une fédération indochinoise dans l’union française. La situation s’envenime encore lorsque se répand la rumeur que Duy Tân va prendre la tête d’une monarchie parlementaire.
Duy Tân et Sainteny organisent la Conférence de Siem Réap (Cambodge) qui s’ouvre le 6 décembre 1945. L’ensemble des belligérants à l’exception des Hòa Hảo y est représenté, mais c’est Hồ Chí Minh qui est en position de force. La conférence se termine brutalement le 12 décembre 1945 avec des désaccords inconciliables sur l’intégration du Việt Nam dans l’Union française et sur l’unité des trois Ky — Bac Ky (Tonkin), Trung Ky (Annam) et Nam Ky (Cochinchine), car la France veut un référendum pour une République de Cochinchine dans l’Union Française sans l’Indochine.
Le 8 janvier 1946, de retour en Cochinchine, Duy Tân[3] est tué dans un attentat suicide perpétré par les Hòa Hảo. Sainteny écrira plus tard à ce sujet « L’Indochine française était perdue. L’Indochine sous quelque forme que ce soit était perdue. Ce territoire allait vers la guerre civile et l’éclatement. Tous les signes étaient là, mais nous avons continué à faire comme si les choses allaient s’arranger. »
Le Việt Minh, considérant le « bonze fou » comme un dangereux illuminé, tend un guet-apens à Huỳnh Phú Sổ le 7 octobre 1947. Il est sommairement mis à mort deux jours plus tard. Son corps est mis en pièces et enterré dans des endroits différents. Lui succèdent de vrais bandits : Tran Van Soai, ancien mécanicien du bac de Cân Tho qui prend le nom de Nam Lua « Cinq Feux » et qui cache aux fidèles la mort du fondateur de la secte. Il parcourt la région en autocars pour recruter des adeptes. Sa troisième concubine Lê Thi Ghâm « la Panthère » surveille le « trésor » perçu par l’impôt des adeptes. Les Hòa Hảo se distinguent alors par leur haine du Việt Minh. Le 9 janvier 1947, contre toute attente, la secte rallie ses trois cents hommes aux Français, qui nomment Nam Lua général à une étoile. Ce grade n’existant pas, il en achète une deuxième chez un Chinois. Un autre chef, Ba Cut « Doigt coupé », car il s’est coupé un doigt pour prouver son courage, trahira et se ralliera à cinq reprises aux Français, massacrant à chaque fois les officiers français qui le secondaient. Il sera finalement guillotiné le 12 avril 1956 sur ordre de Diệm.
Après avoir aidé les nationalistes durant la Deuxième Guerre d’Indochine, en formant une véritable armée privée, le Hòa Hảo est reconnu comme une des religions officielles du pays.
Extraits de « Le Bouddhisme Hòa Hảo » — Quyền Bình Hùng Dũng
Le 2 février 1946, sur la place Ba Dinh à Hanoï, lors d’une cérémonie au rituel confucéen avec tous les corps constitués, Hồ Chí Minh lit la déclaration d’indépendance, dont le préambule est copié sur la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Le Général de Gaulle, nomme l’Amiral Thierry d’Argenlieu, Haut-Commissaire de France et commandant en chef et le Général Leclerc, commandant supérieur des troupes, avec pour mission de rétablir le contrôle français sur l’Indochine, en construisant une Fédération indochinoise autonome au sein de la nouvelle Union française en oubliant la question de la République de Cochinchine. La Marine est chargée de convoyer en Indochine des renforts placés sous les ordres de Leclerc.
En mars 1946 la France reprend le contrôle de la Cochinchine, du Laos et du Cambodge.
Le 10 mars 1946, de Gaulle, démissionne de son poste de président du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), pour montrer sa désapprobation du « régime des partis » et de la politique lancé par l’Assemblée nationale constituante (crédits militaires, projet de nouvelle constitution) et surtout absence de référendum populaire permettant de dénouer des situations dédaléennes.
Cet évènement a des répercussions en Indochine. Sous l’influence du Parti communiste et de la SFIO, le nouveau chef du Gouvernement, Félix Gouin, demande à Jean Sainteny, présent en Indochine depuis un an, de poursuivre les négociations avec Hồ Chí Minh. Par ailleurs, le Việt Minh s’est renforcé depuis la fin de l’année 1945. Il a gagné les élections organisées dans le Tonkin et l’Annam sous son contrôle. C’est donc en position de force que les indépendantistes vietnamiens accueillent l’émissaire du GPRF.
Hồ Chí Minh, bien conscient que l’armée française est plus moderne et aguerrie que ses troupes en cours de formation, accepte que le corps expéditionnaire de Leclerc occupe le nord du pays et que de nouvelles élections soient organisées à condition que l’autonomie du Việt Nam soit reconnue par le GPRF : « la France reconnaît la République du Việt Nam comme un État libre ayant son gouvernement, son Parlement, son armée et ses finances ». Les accords sont signés entre les différents protagonistes le 6 avril 1946 à Siem Réap. Certaines voix dénoncent ces accords, comme Thierry d’Argenlieu, et parlent de « Munich indochinois ».
Le 18 avril 1946, les troupes françaises débarquent dans le port de Hải Phòng et entrent dans Hanoï sous la conduite du Général Leclerc sans tirer un seul coup de feu. La paix semble sauve. D’Argenlieu profite de l’absence de Sainteny, Leclerc et Hô en visite à Paris pour proclamer la République autonome de Cochinchine le 1er Mai 1946. Il fait cela avec l’accord du ministre de la France d’outre-mer Marius Moutet, mais contre l’avis du gouvernement et en violation des accords de Siem Réap.

D’Argenlieu placent le docteur Nguyễn Văn Thinh à la tête du pays, il est dès lors considéré comme un traître par de nombreux Vietnamiens et se suicidera par pendaison quelques semaines plus tard.
L’évènement qui met définitivement le feu aux poudres est le Bombardement de Hải Phòng. En effet dans cette ville qui abrite le port le plus important du Tonkin, les Français reprennent le service des douanes le 10 juillet 1946 alors que cela devait être négocié. Le 20 août, des Vietnamiens s’opposent à un contrôle douanier, Hồ Chí Minh propose de réunir la commission mixte des douanes. Mais dès le 22 août d’Argenlieu, annonce au Général Valluy et au Colonel Dèbes : « Suite aux évènements du 20, j’estime indispensable de profiter de l’incident pour améliorer notre position à Hải Phòng. Le moment est venu de donner une dure leçon à ceux qui nous ont traîtreusement attaqués. Par tous les moyens à votre disposition vous devez vous rendre maître complètement d’Hải Phòng et amener le Gouvernement et l’armée vietnamienne à résipiscence. » Le 23 août, trois navires de guerre, dont le cuirassé Richelieu, bombardent Hải Phòng. D’après une enquête de l’Amiral Battet, il y aurait eu 6000 morts, essentiellement civils. D’Argenlieu, Valluy et Dèbes ne seront jamais interrogés ou sanctionnés.
Le militant communiste Henri Martin, alors jeune marin combattant des FFI[5], raconte : « C’est là que commence la guerre, par la volonté de d’Argenlieu de passer à la reconquête, de s’emparer de ce port, essentiel dans l’activité économique, comme le montrent les cartes du temps du colonialisme. L’accord de Siem Réap parlait bien de finances indépendantes, mais, précisément, les ressources essentielles du gouvernement vietnamien se trouvaient dans ce port et les troupes françaises prétendaient continuer à en contrôler l’activité commerciale […] À 10 heures, les bâtiments de la Marine nationale ouvrent le feu. Le croiseur Émile Bertin depuis l’embouchure de la rivière Rouge et le Richelieu depuis le golf, mais nous, avec Le Chevreuil, nous étions sur la rivière, dans la ville. Nous avons épuisé notre stock de cinq cents obus, et ravitaillé, nous en avons encore tiré cinq cents. L’Amiral Battet a estimé le nombre des victimes en ville à six mille, mais il est possible qu’il y en ait eu davantage quand on sait que le bombardement a porté surtout sur le quartier annamite, aux maisons serrées […] »

L’objectif militaire est atteint, mais toutes tentatives de bâtir des structures nouvelles se heurtent à la volonté politique du gouvernement d’Hồ Chí Minh. Le 19 septembre 1946, le Việt Minh attaque par surprise les Français à Hanoï : c’est le début officiel de la guerre d’Indochine. Alfred Grosser remarque : « L’occultation de ce que fut la guerre d’Indochine se retrouve dans le choix de la date officielle du déclenchement de la guerre, que l’on retrouve dans tous les manuels ; le 19 septembre, offensive des troupes Việt Minh sur Hanoï, au lieu du 23 août, bombardement du port de Hải Phòng par la Marine française. » De la même manière, le bombardement de Hải Phòng est passé inaperçue dans la presse française de l’époque est n’est même pas évoqué dans les manuels d’histoires françaises.
Déroulement de la guerre
La phase de guérilla
Articles détaillés : Insurrection de Hanoï, Bataille de Phu Tong Hoa
Le 12 août 1946 à 23 h 30, le Việt Minh, dirigé par Hồ Chí Minh fait exploser la centrale électrique de Hanoï et annonce le début de l’insurrection. Des ressortissants français sont massacrés et des maisons pillées. Hồ Chí Minh appelle tout le peuple vietnamien à se soulever contre la présence française : « […] Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée… Que chacun combatte le colonialisme. » Néanmoins, l’attaque initiale des Việt Minh est repoussée.
Hồ Chí Minh cherche alors du soutien à l’étranger, mais les États-Unis de Harry S. Truman tournent le dos à la politique de décolonisation de Roosevelt. L’Union soviétique ne dispose pas encore de l’arme nucléaire, la Chine est empêtrée dans la guerre civile et le Japon après avoir joué les agitateurs ne semble pas vouloir s’impliquer. L’Indochine française de 1946 se retrouve au sein des prémisses de ce qui allait devenir la guerre froide, et c’est ainsi que les États-Unis ont été, d’une certaine façon, impliqués très tôt dans la région.
Entraînée à la guérilla, l’armée populaire vietnamienne s’appuie sur sa mobilité, la dispersion et l’évitement des concentrations de frappe pour compenser sa faiblesse matérielle. Hồ Chí Minh annonce « le combat du tigre et de l’éléphant. Le tigre tapi dans la jungle allait harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, se viderait de son sang et mourrait d’épuisement ». Cette souplesse permet à l’armée populaire l’initiative du refus ou de l’acceptation des combats, de fixer ici et déplacer là les troupes françaises qui n’occupent que les villes et les axes stratégiques. Les pertes françaises sont de plus en plus élevées dans les attaques de convois de ravitaillement, de postes isolés et d’épuisantes patrouilles à la recherche d’un ennemi qui, comme les fantômes, apparaissait et disparaissait.
Vers une guerre totale
Articles détaillés : Bataille de la RC 4, Bataille de Vĩnh Yên, Bataille de Mao Khê, Bataille de Na San, Opération Lorraine
En 1949, la France, tente de créer un contrepoids politique à la République démocratique du Việt Nam et crée à Saïgòn un État du Việt Nam « indépendant » dirigé par l’Empereur Bảo Đại rappelé de son exil de Hong Kong. Le but est de transformer une guerre de reconquête coloniale en une guerre civile. Mais l’Empereur Bảo Đại signe les accords franco-vietnamiens avec son nom civique « Vinh Thuy » et non avec son nom de chef d’État, n’engageant que lui-même. Du point de vue strictement juridique, l’État du Việt Nam « indépendant » n’a donc jamais existé.
Lorsque le Parti communiste chinois de Mao Zedong prend le contrôle de la Chine continentale, la Chine devient un allié de la République démocratique du Việt Nam et du Việt Minh. Les anciens immenses camps militaires américains du sud de la Chine deviennent des centres de détention, ou servent armer et entraîner des troupes du Việt Minh. Ce dernier multiplie les divisions alors que les gouvernements français envoient des renforts au compte-goutte. L’arrivée de Mao Zedong à Pékin met fin à l’isolement diplomatique et militaire du Việt Minh et amplifie la menace communiste ressentie par les États-Unis. La France crée une « Armée nationale du Việt Nam » sous commandement français et agissant comme force supplétive des forces françaises d’Indochine.
Alors que le conflit s’amplifie, la France accorde l’indépendance aux royaumes du Laos et du Cambodge, de la même façon qu’elle l’a accordée au Việt Nam.
En août 1950, de plus en plus aguerrie, l’armée populaire vietnamienne lance l’offensive dans le nord-est du Việt Nam et inflige une série de revers aux troupes françaises dans la haute région de Cao Bang et Lang Son, c’est la bataille de la RC 4. L’armée française compte 7 000 blessés, tués, disparus et prisonniers en plus d’énormes pertes matérielles. Les troupes françaises évacuent toute la région bordant la frontière chinoise et ne contrôlent plus au Tonkin que le delta du fleuve Rouge et quelques places fortes. Le projet initial de reconquête coloniale s’enlise et entraîne une grande lassitude dans l’armée française d’Indochine et dans le gouvernement français, ainsi qu’une opposition croissante du peu de l’opinion publique française qui s’intéresse à une guerre dont les enjeux sont de plus en plus obscurs.
Le Général de Lattre de Tassigny, envoyé en Indochine pour redresser la situation, fait immédiatement face à des offensives Việt Minh. Il parvient à vaincre l’ennemi à trois occasions : aux batailles de Vinh yen, de Mao khê et surtout Hanoï, mais ne peut les anéantir. Ayant assuré la construction d’une ligne de défense, de Lattre commence à chasser les Việt Minh du delta du Fleuve Rouge et décide de lancer une contre-offensive qu’il espère décisive dans la région de Hòa Bình. Atteint d’un cancer de la hanche, il est contraint de repartir pour la France. Sous l’égide de son successeur Raoul Salan, cette offensive, concluante au début (défense victorieuse de camp fortifié de Na San, sur la route Hanoï-Ðiện Biên Phủ), s’épuise d’elle-même (Hòa Bình doit être évacué en catastrophe) et est arrêtée sans résultat décisif. En France, de Lattre de Tassigny, qui tente de défendre son projet d’envoyer des renforts en Extrême-Orient, voit sa santé se dégrader et décède en janvier 1952.
Guerre contre le communisme et intervention américaine
Articles détaillés : Opération Hirondelle, Opération Brochet, Opération Mouette, Opération Castor, Bataille de Ðiện Biên Phủ, Intervention américaine dans la première guerre d’Indochine
Avec la guerre de Corée qui a focalisé la lutte anticommuniste vers l’Extrême-Orient, la France tente de transformer la guerre de reconquête coloniale dont elle a elle-même reconnu l’échec en proclamant l’indépendance du Việt Nam, du Laos et du Cambodge, en croisade anticommuniste, cette fois-ci pour la « défense de Liberté sur le Rhin et le Mékong ». Dès lors, la France fait en Indochine une guerre avec les dollars américains et le sang des troupes françaises et coloniales. Le Président Harry Truman signe avec l’État du Việt Nam des accords d’aide militaire, que la France se charge de mettre en œuvre. Ainsi, les États-Unis mettent le doigt dans un engrenage infernal et cette aide militaire continuera bien au-delà du départ des Français en 1955. Le Japon, chantre de l’anticommunisme, utilise les mercenaires de Tokubetsu-Antai[6] (dépendant du clan yakuza Yamaguchi-gumi) pour former les troupes nationalistes vietnamiennes et fournir quelques avions et pilotes à l’Armée française. Avec l’afflux de matériels militaires des deux côtés, les combats se sont évidemment intensifiés.
En septembre 1950, les États-Unis créent le Military Assistance Advisory Group (MAAG) pour regrouper les demandes d’aides françaises, conseiller et entraîner l’armée vietnamienne. L’aide américaine s’accroît au fil du conflit, tant en proportion des dépenses totales qu’en valeur absolue. Pour l’année fiscale américaine 1951-1952, le financement américain se monte à 330 millions de dollars, soit 20 % du coût de la guerre ; en 1953-1954, ce financement monte à 785 M$ soit 41 % de l’effort de guerre. En tout, entre 1951 et 1954, les États-Unis déboursent 1 525 milliards de dollars. Avec l’argent et le matériel américain et le sang des légionnaires et des troupes d’Afrique, la France continue à mener une guerre s’inscrivant maintenant dans le cadre de la guerre froide.
En 1952, l’armée populaire vietnamienne lance des attaques contre les fortins de la « Ligne de Lattre », derrière laquelle se sont retranchées les troupes françaises, tout en continuant les coups de main et les embuscades, et en se préparant à des opérations sur une plus grande échelle. En 1953, le président des États-Unis Dwight Eisenhower est le premier à avancer la théorie des dominos[7] et continue à soutenir la défense de l’Indochine contre le communisme.
Pensant la menace sur les centres urbains importants écartée, le Général Salan décide de prendre l’initiative. Il lance une série d’offensives qui sont des succès tactiques, mais le CEFEO[8] doit systématiquement se replier faute de moyens pour capitaliser sur ses succès et porter un coup décisif. Le Général Navarre rapporte au gouvernement français qu’étant donnée la faiblesse des moyens du CEFEO il n’y a pas de possibilité d’une victoire militaire, mais promet une grande offensive avec l’opération Castor, dont le but est d’occuper l’ancienne piste d’aviation japonaise de Ðiện Biên Phủ pour verrouiller le passage au Laos de l’armée populaire. L’opération a pour but politique de permettre à la France de négocier à Genève la fin de la guerre en position de force.
En dépit de l’héroïsme dont font preuve le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient et l’Armée nationale vietnamienne, la bataille de Ðiện Biên Phủ se transforme en un infernal bourbier. Les combats continuent avec intensité pendant trois mois. Le nouveau gouvernement, dirigé par Mendès France promet alors de conclure les accords de Genève au plus tard au mois de juillet 1954. C’est là que les États-Unis entrent dans l’arène. Le Président Dwight Eisenhower accepte d’intervenir à Ðiện Biên Phủ à condition que la France signe les accords de Genève, ainsi les USA supplanteront l’influence française dans la région. Les troupes du CEFEO reçoivent d’abord le soutien aérien de la 7ème Flotte de l’US Navy et de B-29 basés aux Philippines. Ils sont ensuite épaulés au sol par les paras américains du 187ème Régiment de la 101ème Division aéroportée (Opération Vautour). Les alliés franco-américains parviennent à stabiliser la situation et infligent de lourdes pertes aux Việt Minh.
C’est enfin l’opération Condor, mêlant commando français et miliciens indochinois, qui permet d’attaquer les arrières des hommes commandés par Võ Nguyên Giáp. Cette victoire à la Pyrrhus met fin aux combats et les accords de Genève sont signés le 22 juillet 1954.
La Guerre vue de la métropole
L’opinion publique française est largement indifférente à cette guerre lointaine, menée par des professionnels et des aventuriers dans des contrées éloignées. D’après les sondages de l’IFOP, 75 % des Français s’en désintéressent. À l’exception du Mouvement républicain populaire qui y est favorable, aucun parti politique n’en fait son cheval de bataille, pas même le Parti communiste français. Seule une partie de ce dernier et de la CGT ont parfois recours à des actions violentes (blocage de trains de munitions) ou à des actions de propagande, comme Henri Martin dont le procès mobilisera bien plus que la lutte contre la guerre, notamment chez les intellectuels. Sur le terrain, les militaires communistes du fait de la similarité de leurs idéaux, de leur passé de résistants, ne comprennent pas cette guerre qui pour eux est de même nature que celle menée par les Allemands en France entre 1940 et 1944. Certains d’entre eux désertent et s’engagent dans le Việt Minh.
En 1948, le Parti communiste français — par la voix de Maurice Thorez — décide officiellement d’encourager les jeunes militants à accepter l’engagement dans l’armée afin de veiller au respect des conventions de Genève, lors des captures de prisonniers ou des ratissages de villages, et de s’opposer aux massacres.
Le désintérêt de la population et le manque de volontaires seront décisifs dans la décision de l’état-major de créer une armée vietnamienne et celle du gouvernement d’entamer des négociations.
Fin du conflit et conséquences
Articles détaillés : Accords de Genève, Opération Passage to Freedom
Les accords de Genève signé le 22 juillet 1954 reconnaissent l’indépendance du Laos, du Cambodge et le partage temporaire du Việt Nam en deux zones de regroupement militaire départagé par le 17ème parallèle : l’Armée populaire vietnamienne au Nord et le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient au Sud. La souveraineté de la République démocratique du Việt Nam est reconnue par ces accords au nord du 17ème parallèle, celle de l’État du Việt Nam sous administration franco-vietnamienne au sud. Une Commission Internationale de Contrôle (CIC) est envoyée pour surveiller l’application des accords. Elle est constituée du Canada, de la Pologne et du Deccan.
À la suite des persécutions des Vietnamiens catholiques et loyalistes par le Việt Minh se déroule la plus importante opération d’évacuation de l’Histoire, c’est l’opération Passage to Freedom. Plus de 800 000 civils vietnamiens, soldats et membres non vietnamiens de l’armée française sont évacués vers le sud Việt Nam par l’US Navy, l’Armée de l’Air et l’Armée de Terre.
En décembre 1955, déjà 85 % des soldats de l’Union française sont rentrés en métropole. Les derniers soldats français quittent Saïgòn début janvier 1957. Ils ont été progressivement remplacés par des conseillers militaires américains.
Les pertes françaises varient entre 38 000 et 48 000 (morts, blessés et disparus) selon les sources. Les pertes de l’Union Française sont estimées à environ 75 000 morts et 64 000 blessés. Du côté loyaliste, toutes factions confondues et civils inclus, on compte plus 400 000 morts, blessés et prisonniers. Du côté Việt Minh, les pertes dépassent possiblement le million de morts, blessés, prisonniers et disparus. Les Américains quant à eux ont eu 78 tués et 210 blessés.
Les accords de Genève prévoient des élections en 1956, afin de former un gouvernement unifié pour tout le pays. Toutefois, en parallèle de la conférence de Genève en juin 1954, l’empereur Bảo Đại, chef de l’État du Việt Nam rappel Ngô Dinh Diêm — installé aux États-Unis — pour en faire son Premier ministre. L’État du Việt Nam et les États-Unis n’ayant pas signé la déclaration finale des accords de Genève, Ngô Dinh Diêm n’a pas obligation de respecter ces accords. En fervent catholique et anticommunisme absolu, il organise avec l’aval des États-Unis un référendum truqué comptant plus de voix favorables que d’électeurs et crée la République du Việt Nam le 26 octobre 1955. Il en est évidemment le chef d’État. C’est contre cette dictature du régime de Diêm que s’est formé le Front national de libération du sud-Việt Nam (généralement appelé Viêt Cong) en 1955. Des éléments du Việt Minh résidents au sud reprennent alors le combat contre ce gouvernement, menant à la Deuxième guerre d’Indochine, qui durera de 1955 à 1978.
[1] Nguyễn Phúc Đan, né le 11 janvier 1882 et mort le 5 avril 1951, est un prince vietnamien, membre de la dynastie Nguyễn et descendant direct de l’empereur Gia Long. Naturalisé japonais pendant la guerre : il prend le nom de Masao Ando.
[2] Source Wikipédia, créé par Io Herodotus.
[3] Bien que depuis son retour en Indochine il ait utilisé son nom civique Nguyễn Phúc Vĩnh San. Son action et l’honnêteté des buts qu’il poursuivait font qu’encore aujourd’hui on l’appelle par son nom dynastique.
[5] Forces Françaises de l’Intérieur.
[6] Tokubetsu Antai K.G.
[7] Théorie géopolitique américaine, selon laquelle le basculement idéologique d’un pays en faveur du communisme serait suivi du même changement dans les pays voisins selon un effet domino. Cette théorie fut invoquée par différentes administrations américaines pour justifier leur intervention dans le monde.
[8] Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient.

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