Extraits Wikipédia.
La première guerre du Cachemire désigne l’invasion de la principauté du Jammu-et-Cachemire par l’Hindoustan dans le contexte plus large de la Guerre civile indienne. Les combats se sont déroulés du 21 avril au 15 mai 1947.

Situation initiale
Articles détaillés : Jammu-et-Cachemire (principauté), Hari Singh
Le Jammu-et-Cachemire est un État princier de l’Inde qui fait partie des régions où les hindous et musulmans ont su faire preuve de retenue dans le conflit interconfessionnel qui déchire l’ancien Raj britannique. Mais le 14 avril 1947, Hari Singh — Maharaja du Jammu-et-Cachemire — annonce la tenue d’un référendum le 15 juin 1947 pour décider de l’avenir de son État princier. Le peuple devra choisir entre l’indépendance, le rattachement à l’Hindoustan ou le rattachement au Pakistan. L’initiative est plutôt bien accueillie par la population ainsi que par les Britanniques.
L’invasion
Le 21 avril 1947, moins d’une semaine après l’annonce du référendum à venir, l’Hindoustan pénètre dans le territoire du Jammu-et-Cachemire et prend la ville de Jammu dès le 23. En réponse, les miliciens de la ligue Musulmane se portent au secours d’Harry Sing et de son État princier, ils espèrent probablement qu’ainsi le peuple cachemirien votera le rattachement au Pakistan, mais l’armement à disposition est des plus limités. Cela ne les empêche pas de harceler et menacer sérieusement le flan de l’avancée indienne dans la vallée du Poonch. Opiniâtres, les Cachemiriens et miliciens musulmans transforment l’avancée hindoue en véritable calvaire, il faudra six jours supplémentaires aux Hindous pour atteindre la rivière Chenab qui n’est pourtant qu’à une quarantaine de kilomètres au nord de Jammu.

Sur la Chenab, les Cachemiriens ont concentré leurs forces sur un triangle reliant Panasa-Aghar Balian-Gran Bayotran ; des villages transformés en forteresses, mettant à profit le relief alternant crêtes, collines et défilés mortels. Ce n’est qu’en 1952 qu’il sera révélé que l’Union soviétique a participé à la défense de la Chenab en envoyant des armes et des volontaires de la célèbre 3ème Armée de Choc via un pont aérien utilisant une piste de fortune aménagée juste derrière le village d’Aghar Balian et des pistes de fortune dans le Gilgit-Baltistan aménagées de nuit par des ingénieurs soviétiques déguisés en « conseillers techniques ». Ne pouvant aérotransporter de matériels lourds, l’artillerie antichar est en réalité essentiellement composée de fusils antichars PTRS-41 et de quelques canons de 76 mm[2]. Le 30 avril, l’offensive hindoue se fracasse littéralement sur les défenses de la Chenab. Le triangle Panasa-Aghar Balian-Gran Bayotran est un goulot d’étranglement naturel qui permet de neutraliser la supériorité numérique indienne. De plus les cachemiriens bénéficie de l’appui fourni par les avions d’attaque Il-2 Sturmovik soviétiques dont les pilotes sont probablement très expérimentés Seule la participation de l’aviation soviétique sera initialement reconnue par l’URSS.
Le 2 mai, les Gilgit Scouts[3] de l’armée cachemirienne attaquent les hindous sur leurs arrières en surgissant depuis les hauteurs de la Trikuta[4], c’est la débandade. L’armée hindoue, coupé de ses lignes de ravitaillement, est repoussée jusqu’à Jammu en seulement trois jours avec près de 35 % de pertes.
Dès lors, la logistique hindoue est sans cesse harcelée par les aviateurs soviétiques, les miliciens musulmans et les Gilgit Scouts. Presque encerclés, peu ou pas ravitaillés, subissant les combats et l’attrition, les Hindous vont voir leurs pertes monter à près de 56 %.
Fin du conflit et conséquences
Le 13 mai, l’Hindoustan est contraint de se retirer de Jammu et signe un cessez-le-feu avec le Jammu-et-Cachemire deux jours plus tard. L’Hindoustan déplore 1500 morts et 4000 blessés, les Cachemiriens comptent environ 600 morts et 1300 blessés. Du côté des milices musulmanes pakistanaises, les pertes sont estimées à environ 140 morts, l’URSS déplore la perte de deux membres d’équipage d’un Iliouchine Il-2 Sturmovik dont l’avion s’est écrasé suite à une défaillance.
Le 6 juin 1947, Vyacheslav Molotov parraine le traité de paix entre l’Hindoustan et le Cachemire, laissant craindre une possible implication à long terme de l’URSS dans la politique du sous-continent indien. Pourtant le pays ne cherchera jamais à faire passer le Cachemire dans son giron ni à étendre son influence à d’autres régions de l’ancien Raj. Le calcul de Molotov et Staline est froid et cynique, car une éventuelle prise de contrôle du Cachemire par l’URSS aurait probablement créé de nombreux problèmes. Une telle occupation aurait inévitablement créé une insurrection cachemirienne. Pire, cela aurait pu unifier le Pakistan et l’Inde contre un nouvel ennemi commun. L’obtention d’un été-tampon dans cette zone stratégique est aussi une victoire peu couteuse pour les Soviétiques.
Paradoxalement, au fil du temps, une forte coopération entre l’URRS, puis la Russie, se mettra en place avec l’Hindoustan, devenu la Fédération Indienne. Cette dernière, bien que non alignée, c’est progressivement retrouvé en situation de vulnérabilité face à un Pakistan qui va équiper son armée en matériel américain et une Chine qui va monter en puissance une fois la Guerre civile remportée par les maoïstes. En 1955, après l’accession au pouvoir de Nikita Khrouchtchev et Léonid Brejnev, l’Union soviétique s’ouvre davantage sur le tiers monde. Les armes soviétiques moins onéreuses et accompagnées de licence de production locale permettent alors la Fédération Indienne de montée en puissance face à la Chine Populaire. Ce rapprochement entre l’Inde et l’URSS ne sera d’ailleurs pas que militaire, mais aussi économique et diplomatique. Ainsi l’URSS construit une aciérie à Bhilai dès 1955 et, par un échange de lettres entre Khrouchtchev et Nehru, créé « clause de Non-Ingérence » officieuse par laquelle Moscou s’engage à ne pas soutenir les parties communistes indiennes ni à s’immiscer dans les affaires intérieures de la Fédération. Un geste diplomatique fort après l’intervention de 1947 et unique dans la diplomatie soviétique. En échange, la Fédération Indienne s’engageait à ne pas remettre en cause par la force l’indépendance du Cachemire — reconnaissant de facto ce que l’URSS avait arraché sur le champ de bataille de la Chenab.
Le 5 septembre 1947, le référendum cachemirien peut enfin se tenir. Le « Oui » pour l’indépendance l’emporte avec 58,1 % des voix devant le « Oui » au rattachement au Pakistan avec 40,2 % des voix et seulement 1,7 % pour le rattachement à l’Hindoustan. Ainsi, malgré une population mixte, cette indépendance est vue comme un « bouclier commun ». Le rattachement au Pakistan était alors vu par les Musulman comme une perte d’autonomie et une « soumission à Jinnah ». Pour les Hindous du Cachemire, l’indépendance est vue comme le seul moyen de conserver une identité locale. Il est à noter que le vote était obligatoire pour l’ensemble des adultes résidents au Jammu-et-Cachemire et que le vote blanc n’était pas autorisé, forçant une mobilisation massive et donnant un poids significatif aux votes exprimés.
Un autre problème surgit alors à l’est de la vallée du Cachemire, où les tribus musulmanes du Gilgit-Baltistan [5] et de l’Azad Cachemire prennent les armes pour réclamer leur rattachement au Pakistan. Après plusieurs semaines de négociation, et pour avoir aidé le Jammu-et-Cachemire, le gouvernement provisoire de Mohammed Ali Jinnah obtient le rattachement pacifique du Gilgit-Baltistan et de l’Azad Cachemire au Pakistan. En échange de cette reconnaissance pacifique, le Pakistan et l’URSS seront les premiers pays à reconnaître l’indépendance de la Principauté du Cachemire le 8 décembre 1947.
Le 9 février, Lord Mountbatten signe avec Harry Sing le traité de Srinagar par lequel le Royaume-Uni reconnaît lui aussi l’indépendance du Cachemire.
La principale conséquence du conflit sur la population du Cachemire est que les hindous et musulmans ont combattu côte à côte face l’Hindoustan et en sont ressortis très unis, alors qu’à deux pas de leurs frontières les musulmans et les hindous se livrent à des confrontations régulières et que les incidents frontaliers n’ont jamais cessé.
[1] Auteur : Germenfer pour Wikipédia.
[2] Canon régimentaire M1943 de 76 mm (OB-25).
[3] Unité paramilitaire d’infanterie légère créée en 1889 par le colonel britannique Algernon Durand. Dès le début de la guerre civile, les membres de cette unité sont les plus fervents soutiens à l’indépendance du Jammu-et-Cachemire. Toujours, active, c’est l’unité la plus célèbre de l’armée du Cachemire, où elle jouit d’une considération équivalente à celle des Marines ou des Rangers aux États-Unis.
[4] À ne pas confondre avec les monts Trikuta du Sri Lanka, résidence de la déesse Durga dans la mythologie hindoue.
[5] Devenu « Les Territoires du Nord » de l’actuel Pakistan.

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