Au-delà du Rubicon

Extraits du blog « Alea Jacta Est : l’Italie dans la Seconde Guerre mondiale » de Wilfrid Roberts.

Les Allemands se réorganisent au détriment de Mussolini

Les Alliés tentent de forcer la Ligne gothique le 25 août 1944. Rapidement, les défenses orientales sont balayées, mais Albert Kesselring réussit à ramener rapidement des renforts et à bloquer l’avance de la 7ème Armée, à présent dirigée par le Général Oliver Leese.

Une nouvelle attaque le 8 septembre 1944 permet d’atteindre la plaine de Romagne. Les Alliés se retrouvent alors devant un labyrinthe de cours d’eau endigués, où chaque digue est formidablement défendue. À partir du 20 septembre, les pluies brisent net leur élan. Le Groupe d’armées C se retire progressivement derrière le Pô. Les troupes de la République sociale italienne sont contraintes de suivre le mouvement.

[…]

En coulisse, une réorganisation des différents groupes d’armées allemandes se met en place. Le commandement du Heeresgruppe[1] C devient l’Oberbefehlshaber[2] Süd, nom précédemment utilisé pour les forces présentes au sud du front de l’est. Le Heeresgruppe C reste sous le commandement de Kesselring et s’installe dans les Alpes pour faire face aux Alliés arrivant depuis l’Italie. Par contre, son ordre de Bataille est largement chamboulé. Une grande partie des unités sous les ordres de Kesselring sont mutées sur l’Oder pour être remplacées par la 20ème Armée de montagne évacuée de Norvège.

L’Oberbefehlshaber voit ses unités regroupées en deux Groupes d’armées. Le Heeresgruppe Nord devient Heeresgruppe Königsberg sous l’autorité du Maréchal Walter Model et absorbe les troupes évacuées de la Baltique pour défendre la Prusse et ses populations allemandes. Le Heeresgruppe Mitte du Maréchal Erich von Manstein devient le Heeresgruppe Vistule-Oder, défendant un front de près de 600 kilomètres à hauteur de la Vistule. Sa mission sera d’arrêter l’Armée rouge sur l’Oder et le plateau tchèque sur une largeur nord-sud de plus de 700 kilomètres. Le Heeresgruppe Vistule-Oder absorbe les Heeresgruppe NordUkraine, SüdUkraine et E ainsi que toutes les unités en cours de constitution ou de rééquipement et destinées au front de l’est.

Ces mouvements mettent la République sociale italienne (RSI) de Benito Mussolini en difficulté. Les Italiens reçoivent quand même le renfort des 15 000 volontaires italiens de la Legia Italia[3] revenu du front de l’est avec l’ensemble de leur équipement. Toutefois, le ministre allemand des Affaires étrangères Ulrich von Hassell conseille à Mussolini de capituler. La RSI doit défendre le Pô avec seulement quatre divisions et si l’Allemagne n’a pas récupéré les équipements de la Legia Italia c’est parce qu’elle a retiré grand nombre de ses propres troupes à fin de les redéployer vers l’est ou dans les Alpes autrichiennes.

À la conquête du nord de l’Italie et de la côte Adriatique

Les Alliés qui voient le front s’affaiblir saisissent l’opportunité qui se présente et prépare une attaque massive sur le Pô. L’opération Grapeshot est lancée le 9 février 1945, et repose sur le 2ème Corps polonais, la 5ème Armée américaine et le 5ème Corps britannique face à une armée italienne exsangue. Les Italiens, en infériorité numérique et sous-équipée ont été massivement pilonnés par l’artillerie et plus 800 bombardiers durant près de 4 heures avant d’être attaqués. Ce déluge d’une puissance de feu écrasante permet aux Alliés de franchir le fleuve et de consolider cinq têtes de pont majeures dès le 25 février, notamment près de Cremona et Pavia. La ville de Piacenza, encerclés dans les premiers jours de l’offensive n’est plus qu’un champ de ruine, mais tiens jusqu’au 21 février 1945. C’est aussi à cette date que les alliés atteignent Mantova et que le Comité de libération nationale de l’Italie du Nord ordonne une « insurrection générale contre les immondes résidus fascistes ».

Le 5ème Corps britannique déferlant depuis les montagnes des Apennins entre dans Vérone le 26 février 1945 où se bat la 1ère Division d’infanterie et 5ème Division blindée canadienne pendant que la 5ème et la 3ème Division d’infanterie polonaise enfoncent la « Ligne Vénissienne » et poursuivent sur la côte Adriatique. Les Polonais ne s’arrêteront qu’à la frontière séparant l’Italie de l’actuelle Slovénie. Rapidement, les Alliés percent jusqu’à La Spezia et atteignent Milan qui est évacué sans combat. La 1ère Division blindée américaine occupe Milan le 27 février 1945 et la 1ère Division brésilienne entre dans Gêne le lendemain, quasiment sans combat. Cette offensive coupe en deux les maigres défenses de la RSI, car les alliés atteignent le col du Brenner dans les alpes autrichiennes, ou ils se heurtent aux Allemands du Heergruppe C solidement retranchés.

Le 2 mars 1945 à Salò, Benito Mussolini est renversé par Rodolfo Graziani qui annonce la capitulation de la RSI alors que Turin et Venise viennent de tomber aux mains des alliées. Le dictateur italien tente alors de fuir vers la Suisse, mais il est arrêté à Dongo par des partisans et exécuté le 6 mars, sur l’ordre du Comité de libération nationale de Haute-Italie, en compagnie de sa maîtresse, Clara Petacci. Les corps sont ramenés à Milan le même jour, et longuement exposés, pendus par les pieds, où ils subissent les outrages de la foule déchaînée. Rodolfo Graziani signe la capitulation sans condition des forces de la RSI le 5 mars 1945 à Caserte.

À la frontière italo-autrichienne, les forces alliées entament alors un siège qui vise à maintenir les Allemands occupés sur ce front tout en y engageant peu de moyens. Si les combats de Monte Casino avaient été un vrai cauchemar, les alliées se doutaient bien qu’une offensive contre l’Alpenfestung[4] dans les Alpes autrichiennes depuis l’Italie ne résulterait qu’en un infernal massacre de leurs troupes. En immobilisant ici les Allemands, les Américains réduisent aussi leur besoin logistique par l’établissement d’un front relativement statique qui économise autant de ressources en faveur de la campagne d’Allemagne. Quant aux derniers fascistes italiens à vouloir se battre, ils sont quelques milliers, sous le commandement d’Alessandro Pavolini, à avoir trouvé refuge dans la Redoute de la Valtelina[5] à la frontière avec Suisse. La redoute sera définitivement conquise par les alliés le 29 avril 1945, alors que l’Alpenfestung des Allemands tiendra jusqu’à la capitulation.


[1] Groupe d’armées.

[2] Haut commandement en allemand.

[3] Ancienne 29ème Waffen-Grenadier-Division de la SS composée de volontaires italiens.

[4] Forteresse des Alpes.

[5] Officiellement, Ridotto Alpino Repubblicano (Redout alpin républicain) ou RAR, était la dernière place forte régime fasciste italien à la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Basée dans la Valtellina, qui bénéficiait de la protection naturelle des montagnes et de la possibilité de réutiliser les fortifications construites pendant la Première Guerre mondiale. L’idée a été proposée en septembre 1944 par Alessandro Pavolini, qui y voyait l’endroit où le régime pourrait livrer une dernière bataille « héroïque » qui inspirerait la future révolution fasciste.

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