Extraits Wikipédia
La semaine trouble désigne, au Japon, une période de neuf jours de troubles et de rébellions de militaires et de nationalistes après l’annonce de la cessation des hostilités dans le pacifique durant la Seconde Guerre mondiale.
Les évènements débutent dans la nuit du 5 au 6 janvier 1944 et culminent avec l’attaque de la préfecture de Shimane à Matsue le 15 janvier. Ces évènements sont connus sous le nom de « semaine trouble » ou de « semaine des incidents ».
Contexte
Le 5 janvier 1944, l’Empereur du Japon, Hirohito, annonce, suite à l’incident de Tōkyō, la cessation des hostilités contre les États-Unis et leur alliée en vue de négocier la paix. À la suite de l’annonce, beaucoup de militaires et de nationalistes refusent la cessation des combats et y voient une capitulation humiliante.
Immédiatement après le 5 janvier, plusieurs incidents éclatent dans tout le Japon. Ces incidents vont de l’émeute à la tentative de coup d’État en passant par l’assassinat et des suicides de masse.
La plupart des incidents ont pour cause l’interprétation de la cessation des hostilités comme étant l’équivalent d’une capitulation dans une guerre que l’Empire du Japon ne pouvait que gagner. Cela prouve à quel point la propagande militaire et l’endoctrinement, associés au contrôle de l’information et à la propagande des années précédentes ont été redoutablement efficaces. Toutefois, si le déclencheur est commun, les buts des différents actes entrepris ne sont pas toujours les mêmes. Certains veulent remplacer le gouvernement, d’autres veulent renverser l’Empereur. La majorité d’entre eux, comme le reste de la population du Japon n’est même pas au courant des détails de l’incident de Tōkyō qui a eu lieu dans la nuit du 4 au 5 janvier 1944.
L’incident du mont Atago
Dans l’après-midi du 6 janvier 1944, un groupe armé, le Sonno-Doshikai[1], dirigé par Yoshio Iijima, monte sur le mont Atago, une petite colline au centre de Tōkyō[2], et appelle à former une « armée impériale des volontaires pour s’opposer à la cessation des hostilités » en espérant que les soldats de l’armée impériale les soutiendraient. Iijima et ses douze complices sont armés de sabres, des pistolets et de grenades.
Le groupe se retranche sur la colline et dresse des barricades. Apprenant l’incident, la police métropolitaine réagit promptement et le mont Atago est rapidement encerclé par 70 policiers qui appellent les rebelles à se rendre. Iijima et ses complices consolident leurs retranchements.
S’en suivent dix jours de négociation durant lesquels la police tente d’obtenir une reddition des rebelles. Apprenant l’évènement et les tergiversations de la police métropolitaine, l’Empereur ordonne à la Garde Impérial de « réprimer les actions militaristes ». Le 12 janvier 1944, aux alentours de 6 heures du matin, la Garde Impériale donne l’assaut. Dans la confusion, et par peur d’être capturé, Iijima et plusieurs de ses complices tentent de se suicider avec des grenades. Après plusieurs minutes de chaos, les rebelles de la Sonno-Doshikai sont tous tués, ainsi que deux soldats de la Garde Impériale.
L’incident d’Atsugi
Yasuna Kozono et le 251ème groupe aérien de la Marine Impériale
L’incident est dirigé par le Colonel Yasuna Kozono, commandant le 251ème groupe aérien de la Marine Impériale. Kozono éprouvait un ressentiment croissant envers les dirigeants de la marine, qui avaient rejeté des propositions telles que l’équipement du Gekko avec des canons obliques, s’opposait aux attaques kamikazes, et avait retiré son unité de la ligne de front.
En effet le 251ème Groupe aérien de la Marine Impériale, est l’une des unités qui avaient été évacuées de l’île de Truk lors du grand déménagement de la marine impériale en 1943. L’unité, qui volait sur des chasseurs lourds Nakajima J1N1 Gekkō, avait temporairement été stationnés à Tainan avant d’y être remplacer, à nouveau, en vue de la bataille des îles Mariannes, par des unités qui opèrent des Mitsubishi A6M Reisen et des Mitsubishi J2M Raiden.
Stationné à Atsugi et apprenant que l’allocution de l’Empereur annonçait une cessation des hostilités en vue de négociation de pais, Kozono a informé le Quartier Général de la Flotte Combinée et l’ensemble de la flotte que « le 251ème Groupe aérien ne cesserait pas le combat ». Il s’est ensuite adressé à ses troupes en déclarant : « Le Japon est une nation divine. Il n’y aura que la victoire ou la mort. Nous ne nous soumettrons jamais à des ordres qui sont contraires à l’honneur et au devoir. » Sur la base d’Atsugi, ou son aussi stationné des pilotes et soldats de l’armée impériale, Kozono parvient à rallier des membres de l’Armée impériale, pourtant rivale de la marine, à sa cause.
La rébellion d’Atsugi
Dès le 7 janvier 1944, des appareils du 251ème Groupe aérien décollent d’Atsugi et larguent des tracts disant « Ne vous laissez pas berner par les paroles insensées d’un Empereur otage d’un gouvernement défaitiste, mais combattez à nos côtés pour libérer l’Empereur et notre grande nation. » Toutefois, Kozono ne parvient pas à rallier les commandants d’autres groupes aériens. Il envoie alors un avion de liaison vers les Philippines dans l’espoir d’y trouver des soutiens, mais l’appareil disparait en mer du Japon sans laisser de traces.
Le même jour, le nouveau Premier ministre, Mitsumasa Yonai, qui est aussi le ministre de la Marine, ainsi que le commandant en chef de la 3ème Flotte aérienne, le vice-amiral Teraoka Kinpei, et même le Prince Nobuhito Takamatsu tentent sans succès de ramener Kozono à la raison.
Cependant, le paludisme chronique dont souffrait Kozono s’aggrave le 8 janvier, le rendant incapable de travailler. Le 13 janvier, un médecin militaire sédate le colonel et le fait transporter à l’hôpital naval de Nobi ou il est placé en observation dans le service psychiatrique. En parallèle, le colonel Hideo Sugawara, second de Kozono, se rend aux arguments du Nobuhito Takamatsu et les hommes du 251ème Groupe aérien se rendent.
Toutefois, les membres de l’Armée Impérial qui avait rallié la cause de Kozono refusent de déposer les armes. Un groupe de dix officiers et quinze sous-officiers du 39ème Escadron d’entrainement s’emparent de plusieurs appareils et se dirige vers l’aérodrome de Sayama. Un autre de groupe de 17 officiers et 44 sous-officiers du 98ème Escadron décident de se diriger vers l’aérodrome de Kodama. Plusieurs pilotes sont contraints de renoncer, car leurs appareils ont été sabotés par les mécaniciens qui, après s’être rangé aux arguments prince Nobuhito Takamatsu, ont décidé de prendre de mesures pour immobiliser les appareils stationnés à Atsugi. Conséquence plausible de ces sabotages, l’un des pilotes du 98ème Escadron s’abîme dans la baie de Tōkyō. Arrivé à Kodama, les autres pilotes sont immédiatement arrêté par les troupes et pilotes stationnés sur l’aérodrome et qui sont favorables à la parole de l’Empereur. Le groupe parti pour Sayama n’étant pas parvenu à y trouver des soutiens, regagne Atsugi le 14 janvier 1944.
Les suites de l’incident
Le major Kushiro Yamada, pétri de remords par les actes qu’il a commis, se suicide par empoisonnement avec son épouse.
Concernant Kozono, son fils est persuadé qu’il n’était pas atteint de la malaria, mais que son comportement délirant a été causé par un empoisonnement fomenté par des membres de l’Armée impériale.
Après sa sortie de l’hôpital, le Colonel Yasuna Kozono est placé en détention dans l’attente de son jugement. Il est condamné à la prison à perpétuité le 6 novembre 1946 pour insubordination et insurrection. Il est aussi déchu de tous ses grades, décorations et de sa solde et de sa pension. Au total, soixante-neuf autres militaires impliqués dans l’incident d’Atsugi sont condamnés à des peines allant de quatre à huit de prison ferme. Soixante d’entre eux sont également déchus de leurs grades, décorations, soldes et pensions. L’ensemble des insurgés d’Atsugi sont internés à la prison de Yokohama.
Le 10 mars 1950, les insurgés d’Atsugi sont graciés par l’Empereur et sortent de prison. Pour ce qui est de Yasuna Kozono, sa perpétuité est commuée en une peine de vingt ans d’emprisonnement. Quelques mois plus tard, le 4 septembre, l’Empereur intervient à nouveau et ramène la peine à dix ans. Finalement, Kozono est libéré sur parole le 5 décembre 1952 est reçu par l’Empereur à qui il présente ses excuses. Kozono décède en 1960.
En 1974, la Diète du Japon se penche sur le cas de Kozono et des soixante autres condamnés qui avaient été déchus de leurs grades, décorations, soldes et pensions. Un amendement est apporté à la loi sur les Pensions, pour permettre leur réversion à leur famille. Ainsi, la veuve de Kozono est finalement autorisée à toucher la pension de son défunt époux.
Le suicide de masse de la Meirōkai
La Meirōkai est une organisation indépendante de l’Association des ingénieurs, un groupe social pour les ingénieurs de Nippon Yusen établie en octobre 1935. L’organisation a été créée par Hibi Kazuichi en réponse au détournement de fonds commis par l’Association des Ingénieurs de Nippon Yusen, une entreprise de transport maritime. L’entreprise tenta de résoudre le problème par une importante restructuration du personnel, mais le limogeage du directeur du département des Affaires maritimes et d’autres mesures ne firent qu’exacerber les tensions entre les deux associations.
La Meirōkai compta jusque 4000 membres à la fin des années 1930, mais le nombre d’adhérents chute à environs 800 en 1941. L’une des principales raisons de la perte de popularité de la Meirōkai est sa politisation. En effet, elle prônait la voie impériale et la clarification du statut politique national dans une perspective nationaliste japonaise. Son fondement idéologique était la fusion du shintoïsme et du confucianisme.
La Meirōkai fut très fréquemment en conflit avec la direction de la Nippon Yusen. Elle entra également en conflit violent avec le Syndicat des marins japonais. L’organisation était également opposée au déclenchement de la guerre du Pacifique en raison de la puissance industrielle américaine, mais après le début du conflit, elle collabora aux opérations de transport maritime pour contribuer à l’effort de guerre. Un nombre considérable de ses membres furent enrôlés dans la Marine impériale japonaise comme réservistes et participèrent à la guerre. De nombreux soldats et marins marchands furent tués au combat, et à la fin de la guerre, il ne restait qu’environ 530 membres.
Huit jours après l’allocution de l’Empereur, le 17 janvier 1944 aux alentours de 11 heures du matin Hibi Kazuichi et onze autres membres de la Meirōkai se rendent devant le Palais impérial. Après avoir formé deux colonnes et salué le Palais impérial, onze membres de la Meirōkai se font seppuku. Après avoir assisté au suicide des camarades et les avoir achevés par décapitation, Hibi Kazuichi se suicide d’une balle dans la tête avec un pistolet. Un officier de police, alerté par le coup de feu alors qu’il passait dans les environs, appelle les secours. À l’arrivée des secours, il n’y a plus rien à faire pour les suicidés.
Après les avoir identifiés, la police se rend au siège de la Meirōkai ou elle découvre 113 morts sans blessures apparentes. Cependant, les analyses révèlent rapidement que les victimes ont absorbé de grandes quantités de cyanure.
La majorité des suicidés de la Meirōkai avait dans leurs poches ou portefeuilles, une lettre indiquant « Par cette mort, je prie pour la continuation éternelle des fortunes impériales. »
L’incident de Matsue
Isao Okazaki
Isao Okazaki était le cerveau de l’insurrection de Matsue et avait recruté la totalité des cinquante insurgés avec ses comparses Bunmei Hasegawa et Yasuhiko Hatano.
Okazaki est né dans la préfecture de Shimane en 1920. Après des études secondaires, il a travaillé pendant deux ans à Mukden[3] en Mandchourie pour l’entreprise Mitsui. Il est ensuite rentré au Japon et a étudié à l’université de Rissho. Il rejoint le groupe ultranationaliste Kinno Makotomusubi. Avec ses économies, Okazaki se fait construire une maison dans le quartier de Meguro à Tōkyō. Il y discute de la guerre avec ses amis. Il estimait que le gouvernement militaire de Hideki Tōjō devait être renversé tente de se procurer des armes pour cela. Lorsque le complot st révélé en juillet 1943, il reçoit l’ordre de quitter Tōkyō dans l’attente de son procès prévu pour septembre 1944. Il décide alors de retourner dans sa région de naissance, à Matsue, ou il est placé sous la surveillance de la police militaire.
Malgré les accusations qui pèsent sur lui et la surveillance de Kempeitai, Okazaki devient membre du conseil de mobilisation générale de la préfecture. Il entre rapidement en conflit avec sa hiérarchie après avoir sympathisé avec les familles des personnes mobilisées. Ayant reçu l’ordre de sélectionner 75 femmes qui devaient être envoyées travaillé à l’Arsenal de Kure, se rendant compte que les femmes de condition élevée ne faisaient pas partie des personnes mobilisables et refusa donc d’obéir. Il démissionne de son poste et intègre le parti d’extrême-droite, Dai Nippon Genron Hōkokukai, dit Hōkokukai.
Contexte et préparatifs
Le 5 janvier 1944, pour la première fois, plusieurs millions de Japonais purent entendre la voix de leur empereur, mais ne purent saisir le sens de ses déclarations, car celui-ci s’était exprimé dans un japonais archaïque, utilisé uniquement dans l’ancienne cour impériale, et qui était donc incompréhensible pour ses sujets. De plus, l’enregistrement audio de mauvaise qualité. Ces inconvénients avaient été prévus, c’est pourquoi les stations de radio et la presse nationale et locale reçurent l’ordre de diffuser une la traduction en japonais moderne l’allocution de l’Empereur Shōwa. Le 6 janvier, le journal Matsue Shimbun annonce que le message de l’Empereur est un appel au cessez-le-feu.
Le 5 et le 6 janvier 1944, le gouverneur de la préfecture de Shimane, Takeo Yamada, lança des appels à l’unité et exigea le maintien strict de l’ordre public. À l’inverse, le chef du district militaire de Matsue, le major général Zensho Ogawa, déclara que la zone devait rester en état de guerre jusqu’à la signature d’un traité de paix.
Le soulèvement de Shimane est organisé par Isao Okazaki et ses acolytes, Bunmei Hasegawa et Yasuhiko Hatano. Tous les trois influencés par le nationaliste Masaharu Kageyama.
Le 6 janvier, Hasegawa et Hatano prirent connaissance de la transcription du message de l’empereur et firent partie de ceux qui l’interprétaient comme une défaite. Hasegawa et Hatano retrouvent Isao Okazaki qui est alors en compagnie de Saburoemon Sakurai, le chef de l’Hōkokukai. Sakurai, réalise qu’Okazaki, Hasegawa et Hatano envisagent un soulèvement. Il prévient ses connaissances dans l’Armée Impériale, mais n’est pas pris au sérieux et l’IJA n’intervient pas.
Okazaki, ayant lui aussi des contacts dans l’armée, espère obtenir le ralliement des militaires. Étant sous surveillance de la Kempeitai sa liberté de mouvement est limitée. En conséquence, Hatano est envoyé à Tōkyō pour négocier avec l’armée. Okazaki fixe la date du soulèvement au 13 janvier 1944, ce qui lui laisse, avec ses complices, une semaine pour se préparer. Il prépare notamment des tracts disant « Message à la population de Shimane, aux membres de l’armée et de la marine impériales. Le pays des kamis ne connait ni la défaite ni la reddition ». Avec la complicité de membres du service aérien de l’armée impériale de la base Miho, les tracts seront largués dans la nuit du 12 au 13 janvier.
Dans la soirée du 11 janvier 1944, Hatano revenu de Tōkyō rencontre Okazaki et lui annonce ne pas avoir obtenu de soutien significatif. En revanche, il leur apprend les évènements de l’incident du mont Atago. Les trois hommes décident alors d’utiliser le nom d’Armée Impériale des Volontaires. Okazaki se rend au siège de la Kempeitai de Shimane pour obtenir des armes. La police militaire refuse de coopérer, mais, étrangement ne l’arrête pas et ne le dénonce pas.
Plan et affectations
Le soulèvement est prévu pour le 13 janvier 1944 à 2 h 40. Le plan d’Okazaki est le suivant :
- Incendier le siège de la préfecture de Shimane
- Shokichi Moriwaki et trois hommes
- Tuer le gouverneur
- Isao Okazaki et cinq hommes
- Couper les communications du bureau de poste de Matsue
- Ryosaburo Fuji et deux hommes
- Destruction du siège du Matsue Shimbun
- Seto Shiranami et quatre hommes
- Mise hors service de la centrale électrique de Chugoku
- Bunmei Hasegawa et quatre hommes
- Assassinat du juge de la préfecture
- Shigeo Takagi et trois hommes
- Prise de l’armurerie d’Ono
- Yasuhiko Hatano et quatre hommes
- Distribution de pamphlets
- Kan-ei Moriwaki et quinze membres féminins de l’Hōkokukai
Une fois ses objectifs complétés et le ralliement de la population et de l’armée amorcées, Okazaki et Hatano investiraient la station radio de Shimane pour diffuser la nouvelle du soulèvement.
Le point de départ du soulèvement était le sanctuaire Gokoku dans lequel les insurgés devaient se retrouver à une heure du matin. L’Armée Impériale des Volontaires compte en tout et pour une cinquantaine de membres. Les hommes portent des uniformes kaki de l’armée impériale et les femmes portent des kimonos.
La cinquantaine d’insurgés est faiblement armée et leur éventuel succès ne repose que sur un possible ralliement de l’armée à leur cause. Il dispose en tout et pour tout de deux katanas, quatre bâtons de dynamite et quinze fusils.
L’insurrection
Repérés par la police, Shokichi Moriwaki et ses hommes déclenchent l’incendie du siège de la préfecture vingt minutes plus tôt que prévu. Kan Sōda, propriétaire d’un petit restaurant voisin, se précipite sur le lieu de l’incendie et est tué par un insurgé dénommé Takeshi Kitamura, qui a cru que le restaurateur voulait s’opposer à eux.
Les attaques contre la maison du gouverneur et celle du juge de la préfecture échouent, car les deux hommes, informer de l’incendie de la préfecture ont déjà quitté leurs domiciles respectifs.
Seto Shiranami et ses hommes pénètrent dans les locaux du Matsue Shimbun et détruisent la machine à imprimer.
À la centrale électrique de Chugoku, Bunmei Hasegawa et son équipe coupent l’électricité peu avant trois heures du matin.
L’équipe de Ryosaburo Fuji ne parvient pas à faire exploser ses bâtons de dynamites pour détruire le bureau de poste de Matsue. L’électricité étant coupée, les communications seront malgré tout impossibles jusqu’à nouvel ordre.
Yasuhiko Hatano et ses complices ne parviennent pas à pénétrer dans l’armurerie d’Ono.
La station de radio
Les différentes équipes, à l’exception de celle d’Hatano qui s’acharne, convergent vers la station radio de Matsue. Les insurgés demandent au propriétaire de diffuser leur appel au soulèvement, mais essuient un refus. Le bâtiment est rapidement encerclé par cinquante policiers en armes et vingt soldats. Okazaki déclare qu’ils sont patriotes, que les forces japonaises les ont trahis et que tous leurs ennemis sont des traîtres.
L’un des policiers en civil est alors persuadé qu’Okazaki est prêt à négocier par peur de déclencher une fusillade. Okazaki accepte de se rendre à condition que tous les autres membres soient innocentés s’ils renouvellent leur fidélité envers l’Empereur en s’inclinant tous en direction de Tōkyō et en criant « Tennō Heika Banzai[4] ». Le policier accepte et les insurgés se rendent alors sans résistance. Ils sont ensuite conduits dans le gymnase de la police pendant qu’Okazaki termine ses négociations avec le policier. Ce dernier est contraint de revenir sur sa promesse après que le juge lui a expliqué qu’elle ne pouvait être tenue. Après avoir parlé une dernière fois à ses complices, Isao Okazaki se fait seppuku. Il arrive inconscient à l’hôpital de la Croix-Rouge de Matsue et est sauvé.
Les insurgés sont initialement inculpés pour émeute en tant de guerres (la paix n’ayant pas été signée), violation de domicile, obstruction aux services de la poste et du gaz, violation des règles sur les explosifs, incendie volontaire. Les membres féminins de l’insurrection sont relâchés dès le lendemain. Deux jours plus tard, les hommes, sauf les meneurs des différentes équipes, sont également relâchés. Toutefois, l’enquête retraçant les évènements et les préparatifs verra de nouvelles charges retenues contre les meneurs : assassinat, tentative d’assassinat, tentative de vol, tentative de coup d’État.
Le rôle de la police et de la Kempeitai
Quelques mois après l’incident de Matsue, le policier Kunijiro Nishimura écrit une monographie titrée « Notes de réflexion sur l’incident de l’incendie criminel de la préfecture de Shimane ». Il y explique que des mesures avaient été prises dès le 5 janvier 1944 pour anticiper d’éventuels soulèvements nationalistes et militaires, mais qu’à Shimane comme ailleurs qu’il y avait une rivalité entrent la police civile et la police militaire.
Nishimura estime que la police civile ne pouvait pas faire son travail de manière efficace par manque de moyen et à cause de la proéminence de la Kempeitai. Lorsque, le 5 janvier 1944, la police de Shimane a demandé à la Kempeitai combien de personnes devaient être placées sous surveillance, la réponse fut « une seule, Okazaki ». Lorsque le soulèvement a commencé, la police militaire n’était même pas au courant que des tracts avaient été largués par des pilotes de la base Minho. Pour leur défense, les survols par des aviateurs mécontents ayant été nombreux dans les jours précédents, personne ne prêtait plus attention à leur présence dans le ciel. D’autant que le largage des tracts a eu lieu tard dans la soirée et fut ignoré par la majorité de la population.
Le procès
Les meneurs de l’insurrection de Matsue sont placés en détention dans l’attente de leur procès. En septembre 1944, Isao Okazaki est jugé pour son complot de 1943 contre le gouvernement militaire de Hideki Tōjō. Dans cette affaire, il est condamné à deux ans d’emprisonnement et trois ans de sursis.
La première procédure du procès de l’insurrection de Matsue commence à la cour régionale de Matsue le 10 mai 1945 et concerne les quinze meneurs civils de l’insurrection. En effet, les pilotes complices ayant largué les tracts ont été limogés de l’armée, mais n’ont pas poursuivi. C’est aussi le cas du commandant de la Kempeitai de Matsue, accusé d’incompétence, et de plusieurs militaires tokyoïtes qui n’ont pas dénoncé le projet après leur rencontre avec Yasuhiko Hatano.
Le premier jour, Okazaki se présente en tenue traditionnelle en soie et les accusés reconnaissent tous les faits. Au troisième jour du procès, Okazaki expose les motivations des insurgés. Il explique qu’il voulait « éliminer les hommes politiques et les financiers des zaibatsu qui tournaient autour de l’empereur et voulaient provoquer une restauration de Shōwa ».
Le procureur concéda que l’incident avait pour origine leur loyauté envers l’Empereur, ainsi que leur patriotisme. Mais comme le rescrit impérial mettait en garde le peuple japonais contre l’imprudence, le soulèvement était illégal. Toute prétendue conduite patriotique devait être punie si elle violait le rescrit impérial. De plus, pour Okazaki il s’agissait de son deuxième complot contre le pouvoir en moins de douze mois.
Les avocats de la défense déclarèrent qu’au moment du soulèvement, Okazaki était sous surveillance et que l’incompétence et la légèreté de la Kempeitai étaient la principale cause du soulèvement : « si la police militaire avait fait son travail correctement, Okazaki n’aurait jamais été en mesure de préparer une insurrection ». Un autre argument utilisé par les avocats est que, l’Empereur ayant annoncé un cessez-le-feu, la charge d’émeute en tant de guerres ne pouvait être retenue. Aucun de ces deux arguments n’est retenu par la cour.
Le premier procès se conclut le 12 juillet 1945. L’ensemble des accusés a fait appel et a été condamné à nouveau en 1946, avant de pourvoir devant la Cour suprême en 1947.
| Accusé | Condamnation initiale | Condamnation en appel | Verdict de la Cour suprême |
| Isao Okazaki | Peine de mort | Peine de mort | Perpétuité |
| Bunmei Hasegawa | Peine de mort | 15 ans | 12 ans |
| Yasuhiko Hatano | Peine de mort | 12 ans | 10 ans |
| Shokichi Moriwaki | Perpétuité | 8 ans | 10 ans |
| Yoshisaburo Fujii | 12 ans | 5 ans | 7 ans |
| Takeshi Kitamura | Perpétuité | 12 ans | 10 ans |
| Mifu Izumi | 12 ans | 10 ans | 5 ans |
| Shigeo Takagi | 10 ans | 2 ans fermes et 6 ans de suris | 5 ans |
| Seto Shiranami | 10 ans | 2 ans fermes et 5 ans de suris | 3 ans |
| Shoichi Usa | 6 ans | 2 ans fermes et 5 ans de suris | 2 ans |
Amnistie
Le 18 avril 1952, Isao Okazaki, Bunmei Hasegawa, Yasuhiko Hatano, Shokichi Moriwaki et Takeshi Kitamura sont amnistiés par décret impérial de l’Empereur Shōwa. Les meneurs principaux de l’incident ne cherchèrent pas à se retrouver après leur libération. Okazaki et Hatano retournèrent à Matsue, tandis que Hasegawa s’installa à Tōkyō. Okazaki devint directeur du lycée Matsue-Josai en 1960 et devint membre du conseil de direction. En 1968, il est assassiné devant son domicile. L’enquête n’a jamais permis d’identifier son assassin. Le destin des autres membres est inconnu.
[1] Le Mouvement du Renouveau.
[2] Et actuel arrondissement de Minato.
[3] Actuelle Changchun, capitale de la République de Mandchourie.
[4] « Vive l’empereur ».
L’ensemble des incidents décrit dans ce chapitre est inspiré d’évènements ayant réellement eu lieu, mais que j’ai adapté au cadre d’Au Bord de l’Abîme.

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